La semaine dernière, la ville de Majunga, cité balnéaire située sur la côte ouest de Madagascar, a été au centre de toutes les attentions. Le Conseil des ministres s'y est exceptionnellement tenu. Cette grande délocalisation a été l'occasion pour le président de la République d'annoncer dans la foulée une multitude de projets de développement pour une ville dans le besoin, et habituellement peu considérée par le pouvoir central. Des annonces qui ont - cependant - été accueillies avec un enthousiasme modéré.
Construction de deux centrales solaires dont l'une de trois mégawatts qui sera « opérationnelle sous trois mois » promet le président malgache, Andry Rajoelina, forages, modernisation du port - le troisième du pays - réhabilitation complète de la route nationale 4, l'unique voie reliant Majunga à la capitale, soit 570 kilomètres qui se parcourent aujourd'hui en 16h tant le bitume est abîmé, réfection des principales artères de la ville...
« Ici, on se sent un peu oubliés »
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A l'écoute de toutes ces annonces, Tsiory, étudiant, s'est d'abord réjoui : « Moi, il me faut une heure et demie pour parcourir les 9 km qui me séparent de l'université, parce qu'il y a plein d'embouteillages causés par les trous. Les routes en ville sont en très mauvais état. Des routes réparées, de la lumière partout tout le temps, ce sont des bonnes nouvelles ! Parce qu'ici, on se sent un peu oubliés, puisqu"'on n'est pas la capitale". Mais vont-elles être tenues ? Je ne vous cache pas qu'à Majunga, plus beaucoup de monde ne croit en ce que dit le président Rajoelina. Les gens ont perdu espoir parce qu'il ne tient pas ses promesses. »
Des projets lancés qui n'aboutissent jamais, cette médecin qui a requis l'anonymat pourrait en citer une dizaine, rien que sur l'année écoulée. Mais, malgré ses craintes, la praticienne a envie d'y croire : « On vit avec le délestage à Majunga depuis 2005 exactement. Si cette fois, cette promesse d'en finir avec les coupures, c'est la bonne, et qu'on arrive à construire à 100% ces centrales, tant mieux ! », s'exclame-t-elle. « Ce sera bénéfique pour toute la population. Vous savez, il y a peu, j'ai dû faire un accouchement sans une seule minute d'électricité. Eh bien c'est très embêtant. Donc si on a accès à l'électricité et à l'eau, bien volontiers. Depuis vingt ans, on s'est tellement habitué à vivre "mal". »
Pas d'euphorie
Chez les opérateurs économiques de la zone, pas d'euphorie. Pourtant, le besoin en infrastructures et en énergie est immense. « On commence à connaître la chansonnette de toutes ces promesses », lâche froidement un hôtelier. Aucun groupement d'entreprises n'a souhaité réagir officiellement à ces annonces. « Impossible », « trop risqué », nous confie-t-on.
Seul, cet entrepreneur a accepté de s'exprimer anonymement : « Je dirais que ce sont comme les "velirano", un terme utilisé par le président Rajoelina pour marquer les priorités de son mandat, ce sont des effets d'annonce pour endormir la population, et faire du favoritisme, de certaines personnes, certaines sociétés. Tout le monde le sait. Personne ne le cache, mais personne ne le dit. La liberté de parole n'existe plus à Madagascar. On sait tous très bien comment ça se passe : on tue, on emprisonne, ou simplement on détruit ta réputation. Il existe beaucoup de possibilités à Madagascar et il y en a qui sont très forts à ce jeu-là. Moi, je ne veux pas prendre ce risque. »
Agir vite
Qu'importe les critiques, l'ordre a été donné d'agir vite. Le chef de l'État a imposé un délai de « quelques mois » à ses ministres pour concrétiser ces projets. Dans sa lancée, le président de la République a également annoncé la construction d'une nouvelle ville à 20 km de Majunga, bénéficiant de toutes les infrastructures de base, et des parcelles à un prix abordable pour permettre à tous de s'offrir un logement décent.