Le ministre des Affaires étrangères du Rwanda termine aujourd'hui une visite de travail à Bruxelles. Bruxelles qui est d'abord la capitale de la Belgique mais rappelons-le, celle de l'Union européenne aussi dont elle abrite notamment la commission. Objectif de ce séjour d'Olivier Nduhungirehe, plaider la cause du pays des mille collines dont les préoccupations sécuritaires sont « longtemps ignorées ou écartées ».
Depuis de longues années, les rapports se suivent et se ressemblent, indexant invariablement Paul Kagame d'être le turbulent des grands lacs, notamment en République démocratique du Congo où il serait toujours derrière les nombreuses rébellions qui naissent à intervalle régulier dans l'est de ce pays continent.
Ainsi de ces guerres du Congo menée par le mouvement du 23 mars (M23) avec le soutien logistique et le matériel du Rwanda, voire l'investissement direct de ses militaires sur le terrain. Les accusations mille fois réitérées par de nombreux pays, des organisations internationales et des observateurs de la scène politique régionale et mille fois balayées du revers de la main par l'homme mince de Kigali.
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C'est donc cette perception négative que tente de corriger le chef de la diplomatie rwandaise pour qui « L'interprétation erronée et biaisée de la crise, ainsi que les mesures unilatérales contre le Rwanda, ne conduiront pas à une solution ».
Il faut dire qu'une salve de sanctions tout azimut s'est abattue sur le fauteur de troubles même si jusque-là celles annoncées par l'Union européenne ne sont pas encore mises en branle à cause du véto du Luxembourg.
C'est donc quelque part pour éviter que l'épée de l'Union européenne qui plane sur la tête de Paul Kagame ne tombe que le premier de ses diplomates a été dépêché dans la capitale européenne où il s'est notamment entretenu avec la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas et le commissaire de l'Union européenne (UE) aux Partenariats internationaux, Jozef Sikela.
Ce plaidoyer pro domo suffira-t-il à faire pencher la balance diplomatique en faveur de Kigali. On peut raisonnablement douter de cela d'autant plus que sur le terrain, les conséquences humanitaires nées du conflit sont de plus en plus prégnantes.
Après la chute de Goma au nord Kivu puis de Bukavu au Sud Kivu, les populations sont tiraillées entre mille et une difficultés d'approvisionnement en eau potable en soins de santé et les risques d'apparition d'épidémies font craindre le pire sans pour autant que les différents pourparlers entrepris jusque-là d'abord par les deux organisations sous-régionales, la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), ensuite par l'Union africaine et même les pasteurs et les évêques du Congo ne soient parvenus à faire entendre raison aux rebelles, ni à leur parrain rwandais qui continuent inexorablement leur percée.
Il faut dire que les enjeux économiques et stratégiques de ces guerres de rapine que subit inexorablement ce géant aux pieds d'argile au coeur de l'Afrique sont tellement énormes qu'il faudra sans doute beaucoup de pressions et de sanctions pour faire entendre raison à l'agresseur rwandais et à son cheval de Troie qu'est le M23.
De ce point de vue, on a bien peur que la mission bruxelloise du ministre Olivier Nduhungirehe n'ait été qu'une visite plutôt périlleuse dont les retombées diplomatiques sont loin d'être évidentes.