Après l'opération de sensibilisation à l'occupation irrégulière et anarchique de la voie publique qui a eu lieu, jeudi 20 février dernier, à Bobo-Dioulasso, les occupants des différentes boutiques ne se sont pas fait attendre. Pour ne pas être contraints d'être déguerpis, nombre d'entre eux ont pris l'initiative de respecter la règlementation. Constat !
Dimanche 2 mars 2025, il est 11 heures 30 minutes à Niénéta, au secteur 12 de Bobo-Dioulasso. Sur la Route nationale 10 (RN10), des magasins anarchiquement installés çà et là libèrent progressivement la chaussée. Certains tenanciers de ces commerces sont à la tâche pour démolir les hangars et murs débordants. Débout sur un banc, le commerçant de pagnes Faso Dan Fani, Siaka Ouattara, donne un coup de main à son collègue qui lui a sollicité pour enlever son hangar afin de respecter la distance des deux mètres réglementaires d'avec la voie.
« Nous sommes en plein réaménagement de notre boutique qui ne respecte pas les distances et les normes de la mairie. C'est vrai qu'on nous a donné un mois pour s'y conformer, mais pourquoi attendre demain pour faire ce qu'on peut faire aujourd'hui ? Mieux vaut le faire maintenant au lieu d'attendre que les forces de l'ordre viennent nous obliger à partir », s'empresse-t-il de se justifier.
A quelques pas de chez Siaka Ouattara, à la boutique de vente de prêt-à-porter, « Ouaga Style », ce sont des bruits de marteaux, de scie, entremêlés aux éclats qui nous accueillent. Le propriétaire des lieux, Abdoul Karim Sawadogo, assisté par quatre personnes s'active à réaménager son lieu de commerce installé sur cette voie, il y a plus de dix ans. « Les autorités nous ont demandé de reculer nos magasins parce que nous sommes sur la route.
Ayant compris leur message, nous avons entrepris de nous exécuter sans attendre le délai d'un mois qu'elles nous ont accordé », affirme-t-il. Installée sur le même alignement que le marché de Niénéta, la boutique de Ousmane Sawadogo, commerçant de gaz butane, est partie en fumée à la suite des travaux d'aménagement pour libérer l'emprise de la voie.
« C'est dans l'empressement que le courant a fait une masse occasionnant l'incendie de la boutique », fait-il savoir. Tout de même Ousmane Sawadogo accueille positivement la distance règlementaire des deux mètres à respecter.
Des avis divergents
Même si les commerçants consentent à se plier aux injonctions des autorités communales, ces réaménagements ne se font pas sans grincement de dents. Soumana Traoré, propriétaire d'une quincaillerie, soutient que déguerpir les commerçants « débrouillards » installés le long de la voie à l'entendre, va être une source d'autres problèmes. Tout comme Soumana Traoré, Abdoul Karim Sawadogo, dit rencontrer des problèmes dus à l'étroitesse de son magasin après l'avoir fait reculer.
« En vérité, nous rencontrons des problèmes. L'intérieur du magasin est devenu petit et toutes nos affaires ne peuvent pas rentrer. Ce n'est pas simple », se désole le propriétaire de « Ouaga Style » qui aurait voulu garder son magasin dans ses dimensions d'avant. Par contre d'autres commerçants disent attendre cette décision de la mairie depuis un bout de temps.
Derrière cette action des autorités de la ville de Bobo-Dioulasso, Abdoulaye Ouédraogo, Adama Zoungrana et Siaka Ouattara voient une envie de les protéger contre les accidents de la circulation et de leur permettre d'attirer la clientèle qui avait des difficultés à stationner. « Maintenant qu'il y a de l'espace, les clients pourront garer et faire leurs achats sans être inquiétés. Avant, avec l'occupation anarchique de la voie, on assistait à de nombreux accidents et même des embouteillages », se félicite Abdoulaye Ouédraogo de la décision de l'autorité communale.
« Avant il y avait des clients qui souhaitaient rentrer dans la boutique, mais, vu qu'il n'y a pas de parking pour garer, cela posait un problème. Côté sécurité aussi, cela va beaucoup nous arranger. Ainsi, il y aura moins d'accidents », renchérit Siaka Ouattara. Pour le patron
de Polotélécom, Adama Zoungrana, mieux vaut rentrer à la maison en toute quiétude que de ne pas pouvoir profiter de sa richesse. Selon lui, faire reculer son magasin est difficile à accepter pour le moment. Mais une fois fait, dit-il, chacun verra le bien-fondé de cette décision.