Au Mali, cela fait tout juste quatre jours, ce mardi 18 mars, qu'Alou Badra Sacko a été enlevé en plein Bamako. Cette figure de la société civile malienne est président du Front Touche pas à mon argent, coordinateur de l'Appel du 20 février pour le retour à l'ordre constitutionnel et président du Forum de la société civile du Mali - ce dernier titre fait l'objet de contestations. Selon les informations de RFI, Alou Badra Sacko est détenu depuis le 14 mars, au secret, par la Sécurité d'État. Son tort est d'avoir voulu contester les nouvelles taxes sur les services téléphoniques.
Le mode opératoire le laissait penser - enlèvement par des hommes en civil et en cagoule à bord d'une voiture banalisée -, une source sécuritaire malienne le confirme à RFI : Alou Badra Sacko est bien détenu par la Sécurité d'État. Selon cette source, les services maliens de renseignement veulent empêcher le président du Front Touche pas à mon argent (Dôrômê kélé té Bôh Alà) de poursuivre son projet de mobilisation contre les nouvelles taxes. Et dissuader tous ceux qui seraient tentés de s'y joindre.
Réunion publique contre les nouvelles taxes
Vendredi 14 mars, Alou Badra Sacko rassemble une trentaine de personnes pour une réunion publique, en plein air, au coeur de la capitale. Le Front qu'il préside estime que la nouvelle taxation entrée en application le 5 mars dernier - 10% sur les recharges de crédit téléphonique, 1% sur les paiements par mobile money - « asphyxie le peuple malien », après déjà cinq années d'efforts consentis « pour soutenir la transition en cours ». Lors de cette réunion, diverses actions et notamment une conférence de presse sont envisagées pour dénoncer ces nouvelles taxes. Mais en fin d'après-midi, juste après la réunion, Alou Badra Sacko est enlevé et conduit dans une prison secrète de la Sécurité d'État.
De fait, après son enlèvement, ses proches ont fait la tournée des commissariats, se sont rendus à la Brigade d'investigations judiciaires (BIJ) et au Camp 1 de la Gendarmerie de Bamako : aucune trace. Le Front Touche pas à mon argent envisage désormais de s'adresser au procureur général ou même de recourir à la médiation du Haut conseil islamique du Mali. « Je n'en dors plus, confie un membre du Front, je suis anéanti par cet enlèvement. » « Nous sommes tous peinés », poursuit cette source, qui promet cependant de ne pas abandonner le combat contre les nouvelles taxes.
« Nuit noire d'atteinte aux libertés publiques »
Ces derniers jours, l'enlèvement d'Alou Badra Sacko a suscité diverses réactions politiques, uniquement dans l'opposition. Le mouvement M5RFP-Malikura, dans un communiqué signé par l'ancien Premier ministre Modibo Sidibé, « constate avec amertume la perpétuation des enlèvements extrajudiciaires de citoyens », « exige l'arrêt immédiat de ces pratiques et la libération sans condition de tous les détenus d'opinion, dont Alou Badra Sacko ».
Moussa Mara, du parti Yelema, pose une question en forme de cri d'alarme : « Quand allons-nous enfin sortir de cette nuit noire d'atteintes aux libertés publiques ? » L'ancien Premier ministre demande aux autorités de transition « d'oeuvrer pour que M. Sacko soit immédiatement libéré et puisse poursuivre ses activités, consacrées par la Constitution qu'elles-mêmes ont promulguée ».
Ismaël Sacko, président du PSDA et cadre de l'Appel du 20 février pour le retour à l'ordre constitutionnel, critique enfin avec véhémence « les enlèvements récurrents de nombreuses voix dissonantes », « sans mandat légal », et qui finissent « dans les geôles camouflées et sanguinaires de la Sécurité d'État ».