Soudan: Eviter la scission

analyse

La guerre civile qui déchire, depuis plus de deux ans, le Soudan n'est pas prête de se rasséréner de sitôt. Elle continue malheureusement de plonger la population, dans le supplice, qui ne souhaite que la paix pour mener à bien ses activités. Bien que peu médiatisée, cette crise demeure pourtant, aux yeux de certains observateurs, de loin le conflit dont le coût humanitaire est le plus élevé au monde, au regard des plus de

11 millions de personnes déplacées et en situation d'insécurité alimentaire, qu'elle a occasionnée. Pire, alors que l'on s'attendait à voir les protagonistes fumer le calumet de la paix et mettre fin à cette situation chaotique, la crise soudanaise est en passe de prendre une autre dimension.

Cela, en raison des velléités sécessionnistes que nourrit une des parties prenantes à cette crise meurtrière qui a tant fait parler d'elle dans cette partie du continent. Cette nouvelle évolution tendant à la partition du pays commande une prise au sérieux du dossier, à l'effet de limiter ses implications, sauvegarder l'unité du Soudan pour sa postérité.

Pour rappel, le Soudan est le théâtre depuis avril 2023 d'une guerre entre les Forces du soutien rapide (FSR), dirigées par le général Mohamed Hamdane Daglo dit « Hemeti », et l'armée menée par le général Abdel Fattah al-Burhane. La guerre, initialement déclenchée par des désaccords sur l'intégration des FSR dans l'armée, a embrasé le pays, l'armée contrôlant l'Est et le Nord du Soudan, et les FSR dominant la quasi-totalité de la région occidentale du Darfour et des pans du Sud du pays.

Au grand dam des médiateurs et de la Communauté internationale, qui s'échinent à trouver un modus vivendi, les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdane Daglo, à l'issue d'une rencontre qui s'est tenue à Nairobi, au Kenya, courant février dernier, ont annoncé la formation d'un gouvernement civil dans les zones qu'ils contrôlent.

Une charte fondatrice de ce gouvernement parallèle au pouvoir de Khartoum a même été signée, au détour de ce conclave. Cette dynamique de partition du pays inquiète plus d'un en raison du risque sérieux d'enlisement qu'elle pourrait provoquer et plonger, du coup, le pays dans un avenir incertain. Un coup d'oeil sur les cas libyen et sud-soudanais permet de s'en convaincre.

On le sait, la boulimie du pouvoir ayant conduit à un bicéphalisme du pouvoir a plongé ces Etats dans un enchevêtrement inouï, rendant quasi difficiles toutes les initiatives de médiation. En effet, sans trop de pessimisme, si Mohamed Hamdane Daglo outrepasse les mises en garde pour asseoir son « prétendu gouvernement », l'équation soudanaise se révèlerait encore plus difficile à résoudre, nonobstant les bonnes volontés d'y parvenir. C'est dans ce sens que l'Union africaine, condamnant la volonté du général Daglo et ses alliés visant la partition du pays, a, d'ores et déjà monté au créneau.

L'organisation a, en effet, appelé tous ses Etats membres ainsi que la Communauté internationale « à ne reconnaître aucun gouvernement ou entité parallèle visant à diviser et à gouverner une partie du territoire de la République du Soudan ou de ses institutions ». S'il est vrai que les médiateurs ne sont pas encore parvenus à concilier les deux généraux, à la vérité, l'ambition du « diviser pour régner » telle que le projette les FSR ne fera, inévitablement, que renforcer les rivalités politiques, attiser les rancoeurs et renvoyer aux calendres grecques toutes possibilités de conciliation.

C'est pourquoi, des efforts supplémentaires doivent toujours être consentis par la Communauté internationale dans le sens de rabibocher les deux généraux afin d'éviter la scission du pays. Mais, bien avant cela, le général Mohamed Hamdane Daglo, le général Abdel Fattah al-Burhane doivent faire profil bas, revoir leurs ambitions respectives et privilégier l'unité de leur Nation et envisager un avenir meilleur pour le peuple soudanais.

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