KINSHASA — Trois nouvelles combinaisons de médicaments ont montré leur efficacité dans le traitement de la tuberculose multirésistante ou résistante a la rifampicine. Les combinaisons comprennent quatre à cinq médicaments
C'est la conclusion d'un essai clinique mené par l'initiative endTB, un consortium constitué de Médecins Sans Frontières (MSF), Partners In Health et l'Interactive Research and Development (IRD).
Selon les résultats de cet essai clinique publiés dans The New England Journal of Medecine, la tuberculose résistante à la rifampicine, un médicament clé dans le traitement de la tuberculose, constitue une menace majeure pour la santé mondiale.
"C'est un soulagement qu'on puisse avoir un traitement supplémentaire, plus sûr et plus court. Dans le monde entier, on cherche à raccourcir la durée de traitement en ce qui concerne les maladies infectieuses"Patrick Ayonga Ndeba, université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 410 000 personnes tombent malades chaque année à cause de la tuberculose résistante à la rifampicine. Seuls 40 % des cas sont diagnostiqués et traités, dont 65 % avec succès...
La faible réponse était due en grande partie aux schémas thérapeutiques sous-optimaux de 18 à 24 mois, qui comprenaient des aminoglycosides ou des polypeptides injectés et entraînaient des effets toxiques substantiels, indiquent les chercheurs de l'initiative endTB.
Les nouveaux traitements offrent de nombreux avantages parmi lesquels la durée (réduite) du traitement et le mode d'administration (oral).
« C'est d'abord un traitement de neuf mois par rapport aux traitements historiques de la tuberculose qui étaient de 18 mois jusqu'à deux ans. Après c'est des traitements assez simples à prendre, il n'y a pas d'injection », se félicite Lorenzo Guglielmetti, co-chercheur principal de l'essai endTB pour MSF.
Ces nouveaux traitements éliminent aussi les risques d'insuffisance rénale et de perte de l'audition qui sont associés aux médicaments injectables traditionnels. La toxicité hépatique reste, certes, aussi présente dans les solutions endTB.
Mais cela n'implique aucune fatalité puisque l'essai clinique « a inclus des patients sévèrement malades ou des patients qui avaient beaucoup de comorbidités. Il y a eu beaucoup de patients avec un diabète, avec une coïnfection au VIH et coïnfection avec les virus hépatiques B et C », assure le chercheur, interrogé par SciDev.Net.
Soulagement
L'essai endTB a été mené dans des pays parmi les plus touchés par la maladie, mais aussi les moins équipés en structures de recherches.
« Il n'y avait pas eu beaucoup d'essais cliniques auparavant, mais c'était aussi très important de faire la recherche là-bas, parce que c'est les pays où il y a plus de cas de tuberculose multirésistante, et aussi pour développer l'expertise pour faire de la recherche », justifie Lorenzo Guglielmetti.
Patrick Ayonga Ndeba, chercheur à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, soutient que « c'est un soulagement qu'on puisse avoir un traitement supplémentaire, plus sûr et plus court. Dans le monde entier, on cherche à raccourcir la durée de traitement en ce qui concerne les maladies infectieuses, que ce soit le traitement contre juste une infection pulmonaire ou contre une infection urinaire ».
Pour ce chercheur, « cela garantit l'observance thérapeutique. Le malade peut arriver à prendre ce traitement jusqu'au bout du schéma prescrit. Avec le schéma de 18 à 24 mois, on perd des patients. Ils se lassent de venir, ils se lassent de toutes ces douleurs liées aux injections », explique-t-il.
Abondant dans le même sens, Marie-Josée Kabedi Bajana, responsable du laboratoire des mycobactéries à l'Institut national de recherches biomédicales (INRB) à Kinshasa (RDC), espère qu'avec ses vertus, protocole fera reculer le taux de mortalité lié à la tuberculose.
« Beaucoup de malades sous traitement mouraient non pas à cause de la maladie, mais à cause de la toxicité du médicament. Tous les médicaments contre la tuberculose ont une certaine toxicité hépatique. Donc, quand les malades font deux ans en train de les prendre, ils sont affaiblis ou ils meurent », soutient-il.
Toutefois, Patrick Ayonga Ndeba relève que 98 patients atteints de VIH, soit 14 % de patients de l'échantillon, ont été inclus dans l'essai. « Mais on n'a pas précisé sous quel traitement antirétroviral étaient ces patients, parce qu'il y a des interactions médicamenteuses entre les schémas contre la tuberculose résistante et les traitements antirétroviraux. »
« Aussi, ajoute-t-il, l'âge médian des patients impliqués dans cet essai clinique est de 32 ans, c'est-à-dire, ce sont des patients très jeunes. Or, la tuberculose se manifeste plus chez les personnes du troisième âge chez qui l'immunité a baissé », déplore cette source.
Coûts
Quoiqu'il en soit, l'accès à ces nouveaux traitements est un enjeu capital en Afrique. À en croire Lorenzo Guglielmetti, les traitements endTB sont disponibles quasiment partout. « Mais après, il y a un problème de coûts », tempère-t-il.
« Il y a notamment une molécule qui s'appelle Delamanide, qui a été développée il y a plus de 10 ans. Mais elle est trop chère, notamment pour les pays à ressources limitées. Donc, il faut vraiment que ces prix baissent pour permettre à tous les patients qui en ont besoin d'accéder aux nouveaux schémas thérapeutiques endTB », insiste-t-il.
Jean-Pierre Malemba Tshibuy, directeur du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) en RDC, salue l'avènement de ce nouveau protocole thérapeute. « Mais pour que nous puissions en tirer profit, le gouvernement doit faire sa part », dit-il.
Il explique que « les médicaments reçus par les malades dans ce pays sont financés à 90% par le Fonds mondial. L'Etat s'était engagé à donner 5% et les 5% restants devaient être couverts par les autres partenaires. Mais la RDC atteint difficilement 3% de sa contribution. »
L'ONG Stop TB RDC engagée dans la lutte contre la tuberculose pointe également les difficultés liées aux financements du traitement antituberculeux. « Fin 2024, il y avait une réunion de crise autour du gouvernement et ses partenaires, la RDC comptait 9 000 malades de tuberculose qui n'avaient pas accès aux médicaments », note son coordonnateur, Maxime Lunga.
Dès lors, ce dernier se montre sceptique quant à l'accès aux traitements endTB pour les patients congolais.