Sénégal: Sédhiou - Une masse critique d'enfants sans acte de naissance - Des manoeuvres frauduleuses inhibent les efforts du CDPE et de l'UNICEF

Le nombre d'enfants vivant dans la région de Sédhiou et ne disposant pas d'extrait de naissance a considérablement augmenté ces trois dernières années. Et ce malgré les multiples efforts du Comité départemental de protection de l'enfant (CDPE), de concert avec l'UNICEF.

Ceux déjà enrôlés dans le circuit scolaire en souffrent le plus, du fait de ne pouvoir faire acte de candidature aux différents examens pour défaut de pièces d'état civil. Des pratiques frauduleuses signalées dans certaines communes, la négligence des parents et d'autres qui retardent l'établissement de la pièce pour leur enfant qui redouble, font le lit de ce vaste préjudice sur l'avenir des enfants dans la région de Sédhiou.

La situation de l'enregistrement des enfants à l'état civil demeure profondément préoccupante dans la région de Sédhiou. Elle est plus manifeste chez les enfants déjà inscrits à l'école dont certains ne disposent même pas d'extrait de naissance pour se présenter à un examen. Une situation que déplore Abdoulaye Diallo, le secrétaire général du Syndicat des enseignants libres du Sénégal (SELS), section de Sédhiou, eu égard au nombre de plus en plus croissant, explique-t-il.

Et pourtant, le Comité département pour la protection de l'enfant (CDPE) déclare avoir longtemps contribué à la résorption du gap d'enfant jamais déclarés à l'état civil, de concert avec l'UNICEF, a affirmé Chamsidine Sané, membre de ce comité et chef du Service départemental du développement communautaire de Sédhiou. Il s'agissait, selon lui, de la transcription des enfants déjà identifiés et qui font l'objet d'un jugement d'autorisation d'inscription délivré par le Tribunal d'instance.

Et le CDPE de dénoncer des pratiques frauduleuses qui font gripper la machine notamment la vente des volets dédiés aux ayants droit au niveau de certaines communes de la région de Sédhiou, le refus par certains de renseigner les registres déjà produits avec des références et, ailleurs, une simple négligence qui entame la caducité de ces outils de l'état civil.

Pour Abdoulaye Diallo, du SELS, «plusieurs facteurs expliquent cet état de fait, parmi lesquels la négligence des parents qui tardent à déclarer leurs enfants après avoir célébré un festin de baptême. Il y a aussi le souci de certains parents à vouloir corriger le retard du cursus scolaire de leur enfant car, si l'enfant redouble des classes et prend de l'âge, le père à tendance à retarder son extrait jusqu'à ce qu'il dépasse cette étape-là», explique-t-il. Il ajoute que «le refus de la paternité de certains auteurs de grossesse hors mariage accentue cette situation».

Dans un tout autre registre, Abdoulaye Diallo fait mention de la situation des personnes déplacées du conflit armé en Casamance et qui sont de retour à leurs foyers d'origine et sans papier d'état civil. «Cette situation est plus fréquente dans le département de Goudomp, en zone de frontière. L'état a fait beaucoup d'effort dans ce sens, jusqu'à faire établir une carte nationale d'identité à un enfant de moins de cinq ans. Mais le manque de volonté de certains parents retarde les échéances», dit-il.

Ce ne sont pas pourtant des stratégies qui manquent pour apporter une solution durable à un tel état de fait. L'Agence nationale de l'état civil a engagé la digitalisation des différentes formes d'enregistrement ; mais une mauvaise volonté à la base plombe ces efforts, au dépend d'une masse critique d'enfants qui voient des opportunités de réussite passer sous le nez, pour une faute qu'ils n'ont hélas jamais commise. Suffisant alors pour engager la réflexion assortie de mesures coercitives et préserver l'avenir de ces enfants.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 110 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.