Ile Maurice: Caméras de surveillance dans les écoles - Certains sont contre

L'annonce du ministre de l'Éducation, Mahend Gungapersad, concernant l'installation de caméras CCTV dans les établissements secondaires soulève de nombreuses interrogations. Si l'initiative est globalement comprise, son mode de fonctionnement et les risques d'abus préoccupent.

L'objectif est ambitieux : lutter contre la prolifération de la drogue en milieu scolaire et freiner le harcèlement scolaire. Un défi de taille, mais pas insurmontable. Parmi les mesures annoncées au Parlement, mardi, le ministre prévoit d'installer ces caméras dans certains collèges, une décision qui divise le corps enseignant et syndical. Pour Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers' Union (GSSTU), la position de son syndicat est nuancée. *«Nous comprenons la nécessité de renforcer la sécurité et de prévenir certains comportements problématiques, notamment face à la recrudescence du harcèlement scolaire.» *Il reconnaît aussi les avantages concrets des caméras de surveillance. «Elles offrent des preuves objectives en cas d'incidents graves, facilitent une résolution plus équitable des conflits, dissuadent les actes de violence et de vandalisme, et ont parfois réduit les comportements à risque dans les zones où elles ont été implantées.»

Toutefois, des inquiétudes persistent au sein de la GSSTU. *«Nous devons trouver un équilibre entre sécurité et climat éducatif. Une surveillance constante pourrait instaurer une atmosphère de méfiance nuisible à l'apprentissage et à l'autonomie des élèves. La question de la vie privée est également soulevée. «L'école doit rester un espace où les jeunes s'épanouissent sans se sentir épiés. Cette mesure pourrait masquer des problèmes plus profonds, qui nécessitent avant tout un renforcement des ressources humaines : psychologues scolaires, médiateurs, personnel encadrant supplémentaire», ajoute-t-il.

D'autres voix s'élèvent contre ces caméras. Arvind Bhojun, président de l'Union of Private Secondary Employees (UPSEE), dénonce un climat de méfiance déjà présent dans certains collèges privés ayant installé ces dispositifs. «Il existe des lois, mais aussi beaucoup d'abus. Plusieurs établissements ont installé des caméras sans respecter la Data Protection Act.» Il évoque des pratiques préoccupantes qui affectent tant les enseignants que les élèves. «90 % des collèges équipés ne sont même pas enregistrés auprès de l'instance de protection des données. Pire, les enregistrements sont accessibles sur téléphone portable, sans autorisation préalable des personnes filmées.»

Le président de l'UPSEE pointe un problème majeur : l'absence de vestiaires pour les filles avant les cours de Physical Education, les exposant aux caméras. «Des pervers ne regardent que ces séquences ! C'est inacceptable et inadmissible.» Il va plus loin. «Certaines caméras captent aussi l'audio, ce qui permet d'espionner les conversations. Des enregistrements et montages sont réalisés à partir de ces vidéos, sans aucune sanction des autorités.» L'absence de signalisation indiquant la présence de caméras dans certains collèges est également dénoncée. «Des femmes ont même préféré démissionner plutôt que d'être constamment surveillées.»

Comme Yugeshwur Kisto, Arvind Bhojun plaide pour une concertation approfondie avec les acteurs éducatifs. «Avant toute généralisation de ce dispositif, il faut l'intégrer dans une politique de bien-être scolaire, au-delà des seules mesures sécuritaires. Nous préconisons en priorité la formation des enseignants à la gestion des conflits et la réduction des effectifs par classe pour un meilleur suivi des élèves», souligne le président de la GSSTU.

De son côté, Patrick Freyneau, président de la Secondary and Preparatory School Teachers and Other Staff Union (SPSTSU), estime que ces mesures ne peuvent être imposées sans une refonte du système éducatif. «La solution ne réside pas nécessairement dans l'installation de caméras. On ne cherche pas à comprendre la source du problème et au lieu de solutions réfléchies à long terme, on se contente de mesures palliatives.» Certes, il reconnaît l'existence de problèmes liés à la drogue et à l'indiscipline, mais insiste sur la nécessité de repenser la manière de vivre et d'apprendre.* «Il faut revoir le système éducatif en profondeur, dès maintenant»,* affirme-t-il.

Selon le président de la SPSTSU, des changements doivent être apportés à l'Education Act. «Il faudrait mettre l'accent sur une Free Education Act, comme l'a fait l'Inde, qui garantisse non seulement l'accès à l'éducation, mais aussi la liberté d'apprendre et d'évoluer dans une véritable démocratie.» Comme ses homologues, il s'inquiète de l'impact des caméras sur les libertés des ensei- gnants et des élèves. «Je ne dis pas qu'il faut ou ne faut pas installer ces dispositifs. Mais est-ce que cela changera la personnalité des individus ? Prenons l'exemple des caméras Safe City : leur présence at-elle réellement transformé la mentalité des citoyens ? Je ne le crois pas. C'est la base même de l'éducation qu'il faut revoir.»

Il espère que la mise en place des caméras ne compromettra pas la liberté des personnes évoluant au sein des établissements scolaires.

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