Ile Maurice: L'appel artistique de l'APEIM à l'État

C'est le jeudi 6 mars que s'est tenu à The House of Digital Art l'événement Handy-Cap - Cap ou pas Cap qui marquait le 55e anniversaire de l'Association des parents d'enfants inadaptés de Maurice (APEIM). Ceux présent ont pu découvrir des tableaux réalisées par les bénéficiaires de l'APEIM, se plonger dans une exposition immersive de leurs dessins, pour mieux s'imprégner de l'univers de nos jeunes en situation de handicap intellectuel, et admirer des photosportraits d'une trentaine de bénéficiaires qui ont accepté de se mettre sous l'objectif de Frédérick Bréville.

La soirée a aussi vu la distribution de douceurs sucrées préparées par les bénéficiaires de l'atelier cuisine-pâtisserie et une mini prestation du chanteur Blakkayo. Cet événement, au-delà de montrer les capacités des personnes avec un handicap intellectuel, avait pour but de mettre l'accent sur leur inclusion, car elles sont souvent marginalisées.

Irène Alessandri, psychologue clinicienne, vice-présidente du conseil d'administration et ex-directrice de l'APEIM, a rejoint l'organisation en 1988. Au fil des années, elle a été témoin de l'évolution de l'APEIM, ainsi que de l'évolution des mentalités. Dans son allocution, elle a fait ressortir que si, «en 1990, il fallait convaincre les parents de la nécessité de structures éducatives pour leurs enfants en situation de handicap, la liste d'attente des enfants dans ce type de structures aujourd'hui est longue». Avec le temps, APEIM, qui vient en soutien aux personnes avec un handicap intellectuel et présentée comme porteur de changement et de développement, a su structurer ses services afin de répondre au mieux aux besoins de publicscibles. «Ceci, allant du diagnostic au service d'intervention précoce, en passant par l'éducation spécialisée, mais aussi l'inclusion scolaire individuelle et les classes intégrées, les visites à domicile pour les polyhandicaps, les ateliers protégés et les formations», a-t-elle souligné.

Toutefois, comme Irène Alessandri l'a fait ressortir dans son allocution, beaucoup reste encore à faire. Également fondatrice d'Inclusion Mauritius, elle a lancé un appel à l'État sur des axes indispensables qu'il convient de considérer au plus vite. Elle a ainsi souligné qu'il était urgent de faire une classification et une définition de tous les handicaps, soit moteur, auditif, visuel, cognitif, psychique et intellectuel. «Rien que parmi les handicaps intellectuels pour lesquels nous travaillons, la classification détaillée est complexe, mais pas incontournable ! Cela n'a jamais été fait et reconnu nationalement», a-t-elle déclaré. Elle a fait ressortir que ce sont ces définitions qui permettront de faire que chacun soit reconnu pour ses besoins spécifiques, que le degré de sévérité du handicap soit évalué justement par des spécialistes de chaque famille du handicap et enfin que les familles soient aidées comme il le convient.

«Rien que parmi les handicaps intellectuels pour lesquels nous travaillons, la classification détaillée est complexe, mais pas incontournable ! Cela n'a jamais été fait et reconnu nationalement»

Elle a souligné que pour l'heure une personne en situation de handicap «ne reçoit une pension que si l'on estime la sévérité de son handicap à un minimum de 60 %. Mais qui font ces évaluations ? Comment et avec quels outils?» Elle a ajouté que si l'Organisation mondiale de la santé estime que 15 % de la population serait concerné par le handicap, une définition permettrait à Maurice de disposer de statistiques et de chiffres des experts sur le nombre de personnes de tout âge en situation de handicap, sur leur situation et leurs besoins, et sur celui de leurs familles. Elle a dit souhaiter que son appel soit entendu et que l'État conduise ce recensement. Le temps des anniversaires est également le temps des souhaits et des projets. Ainsi, sur les trois années à venir, l'APEIM souhaite se concentrer sur trois axes de plaidoyer qui sont : capacités - droits - inclusion. Ces trois points visés ont pour but que les personnes en situation de handicap intellectuel se sentent vraiment incluses au sein de la société mauricienne.

Si certaines facilités existent, elles ne sont guère suffisantes. «Les réglementations de la Special Education Needs Authority et le soutien qui vient avec ne s'adressent qu'aux enfants et jeunes âgés entre cinq et 20 ans. À l'APEIM, nous accueillons des enfants en dessous de cinq ans et dans nos ateliers, nous accueillons des jeunes dès l'âge de 18 ans. De ce fait, selon ces classifications d'âge, nous ne tombons pas sous l'égide du ministère de l'Éducation. Ce qui m'amène à dire que les critères de prise en charge de personnes en situation de handicap et l'intérêt qui leur est porté aujourd'hui sont largement discutables. Notre focus aujourd'hui est donc de réfléchir à comment nous pouvons aider l'État à venir en aide à cette population, car eux aussi sont des citoyens mauriciens», a conclu pour sa part Jocelyne Beesoon, directrice de l'APEIM.

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