Qui fera la différence ? Lors des dernières élections générales, ils ont été balayés par une immense vague 60-0, qui les a engloutis. Incapables de s'imposer comme une troisième force lors des législatives, ces «petits partis» comme on les appelle ne s'avouent pas vaincus et sont déjà sur le pied de guerre pour tenter leur chance aux municipales du 4 mai.
Si l'Alliance du changement, après son écrasante victoire de novembre dernier, part avec une longueur d'avance et ne semble pas se presser pour se jeter dans la campagne, celui qui devrait être considéré comme son principal adversaire, le MSM, n'arrive toujours pas à se relever quatre mois plus tard. Résultat : le parti reste mystérieux quant à sa participation lors de cette joute locale, tout comme ses anciens partenaires, tout aussi sonnés et qui ont disparu de la scène politique !Aucun des partis alliés à l'ancien pouvoir n'a encore officiellement annoncé sa participation à ces élections du 4 mai.
Le MSM suivra-t-il l'exemple du PTr qui, après sa défaite aux législatives de 2014, avait choisi de ne pas participer aux municipales suivantes ? On se souvient que cette décision avait laissé le champ libre au même MSM, qui avait alors, en alliance avec le PMSD, raflé les 120 sièges municipaux des cinq villes. Est-ce que l'histoire politique locale sera un nouveau recommencement ?
Pendant que les partis de l'ancien gouvernement tardent à dévoiler leurs intentions, certaines formations ont déjà pris les devants. Elles se positionnent comme une force alternative, prêtes à incarner un contre-pouvoir dans les mairies. Deux partis se démarquent particulièrement : le Reform Party et En Avant Moris.
Alors qu'après la défaite aux législatives, Roshi Bhadain, amer face aux résultats -- lui qui estimait que «les Mauriciens ont mal voté» -- avait annoncé un congé politique de quatre ans, il a rapidement changé d'avis en engageant son parti dans ces municipales. Se disant honnête, Bhadain affirme ne pas viser la victoire, mais ambitionne néanmoins de proposer 120 candidats dans les cinq villes afin d'établir un contre-pouvoir municipal. Un pari audacieux qu'il justifie en appelant les citoyens à s'engager pour éviter que Maurice ne sombre dans un système totalitaire où le gouvernement central contrôlerait à la fois le Parlement et les conseils municipaux.
Sur le principe, Bhadain n'a pas tort et une opposition dans les mairies ne ferait pas de mal à notre démocratie. Mais il ne fait aucun doute que ce prochain scrutin lui offre aussi une opportunité stratégique face à un Pravind Jugnauth vulnérable, qui tarde à prendre une décision pour une élection qu'il a toujours redoutée et renvoyée, sachant que sa force électorale ne réside pas dans les régions urbaines. Bhadain, qui avait annoncé son retrait précipitamment, a bien compris qu'il n'avait rien à perdre et avance ses pions sur un échiquier où il joue déjà à long terme.
En s'impliquant activement dans cette campagne -- sans être lui-même candidat --, le chef du Reform Party attend son heure. Le poids de l'âge de Ramgoolam et de Bérenger pourrait favoriser, d'ici les prochaines législatives, l'émergence de nouveaux chefs. D'où son attitude à surfer sur la fragilité politique de Jugnauth pour tenter de prendre sa place.
L'autre parti qui est déjà en campagne est, sans conteste, En Avant Moris, dont la stratégie du leader, Patrick Belcourt, est loin d'être futile. En choisissant de se concentrer exclusivement sur la ville de Beau-Bassin-Rose-Hill, avec une proposition de 24 candidatures couvrant l'ensemble des six arrondissements, cette approche pourrait s'avérer payante.
Né dans le sillage des municipales qui auraient dû se tenir après les élections de 2019, ce parti s'est imposé par sa présence constante dans la ville au cours des quatre dernières années. Son leader, candidat dans la circonscription n° 19 lors des dernières élections générales, avait recueilli plus de 6 300 votes, réalisant l'exploit de surpasser le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo. Reste à savoir si ce réservoir de voix personnelles en faveur de Belcourt bénéficiera à son parti dans cette nouvelle bataille électorale.
En attendant la posture officielle du MSM et de ses anciens alliés, le Reform Party et En Avant Moris sont pour l'heure les deux seuls partis qui affûtent déjà leurs armes en marge des prochaines municipales.
Seront-ils en mesure de faire une différence ou seront-ils balayés dans une autre immense vague après celle des législatives ?