Ile Maurice: Les habitants soutiennent que l'archipel de beauté perd de ses couleurs

Plus de quatre mois après le passage dévastateur du cyclone Chido, l'archipel d'Agaléga peine encore à se relever. Jadis décrit comme une carte postale vivante, avec son sable blanc, ses eaux cristallines et sa végétation luxuriante, l'archipel semble aujourd'hui bien loin de son éclat d'antan. Ses habitants, lassés de crier leur détresse, continuent de se sentir abandonnés par les autorités.

La semaine dernière, le ministre du Logement et des terres, Shakeel Mohamed, a annoncé l'arrivée imminente de denrées alimentaires afin de soulager la population. Une nouvelle qui, bien que la bienvenue, ne dissipe pas le profond sentiment de désarroi des insulaires. Pour eux, les problèmes s'accumulent et s'éternisent, laissant place à un quotidien marqué par les privations et l'incertitude.

Depuis le passage du cyclone Chido, le 13 décembre, les habitants font face à une pénurie sévère de denrées alimentaires. Hervé, un résident d'Agaléga depuis plus de 50 ans, décrit une situation alarmante : «On ne sait plus ce que c'est qu'un produit surgelé. Les burgers et les saucisses pour les enfants sont introuvables, sans parler des petites friandises et des jus en boîte qui faisaient autrefois leur bonheur.»

Mais ce ne sont pas seulement les enfants qui souffrent. Les adultes peinent également à se procurer des produits essentiels comme le riz basmati et les articles de première nécessité tels que la lessive. Selon Hervé, cette situation ne date pas d'hier, mais dure depuis plusieurs mois.

Des infrastructures toujours à terre

Outre la crise alimentaire, les habitants font face à un autre problème majeur : l'état des infrastructures. Les lignes électriques, arrachées par les vents violents de Chido, gisent encore à terre. «Les enfants doivent enjamber ces fils pour aller à l'école. C'est extrêmement dangereux !», s'indigne Hervé. Ce dernier ne comprend pas pourquoi le gouvernement a envoyé des employés du Central Electricity Board à La Réunion pour aider après le passage du cyclone Garance, alors qu'Agaléga est en détresse depuis décembre.

Par ailleurs, de nombreuses maisons sont toujours endommagées, certaines n'ayant plus de toitures, tandis que d'autres prennent l'eau à la moindre pluie. Pourtant, des matériaux de construction sont présents sur l'île. «Ce qui manque, c'est une main-d'oeuvre qualifiée pour effectuer les réparations», souligne Hervé. Le passage de Chido n'a pas seulement détruit des infrastructures ; il a également bouleversé l'environnement de l'île.

La végétation autrefois entretenue a laissé place à des herbes hautes, atteignant parfois la hauteur des genoux. Une situation qui inquiète les habitants, notamment en raison de la prolifération des moustiques. «Nous n'avons plus de sandal antimoustique depuis longtemps et nous craignons l'apparition du chikungunya, comme à Maurice», confie un résident. Les routes restent encombrées et inaccessibles, empêchant l'accès aux chemins latéraux menant aux plages.

Un système éducatif en péril

La situation difficile de l'île impacte aussi le domaine éducatif. Au collège Medco, les enseignants venus de Maurice peinent à s'installer dans de bonnes conditions. «Comment voulez-vous que ces enseignants restent s'ils n'ont pas de logement décent ou les facilités adéquates ?», questionne un habitant. Cette instabilité nuit gravement aux élèves, qui peinent à obtenir les trois credits nécessaires pour le School Certificate.

Autre point noir : l'accès à internet. Depuis plusieurs semaines, les habitants d'Agaléga constatent une nette dégradation du réseau. «On se retrouve avec une connexion disponible d'à peine une heure par jour. C'est très problématique, notamment pour les enfants qui doivent faire des recherches pour leurs devoirs», explique Frédéric. En parallèle, plusieurs familles rencontrent des difficultés avec leur service satellitaire.

«Certaines personnes disposent du satellite, mais elles ne peuvent plus regarder leurs programmes comme avant.» Des rumeurs circulent sur l'île selon lesquelles cette détérioration serait due à l'installation d'équipements indiens perturbant les fréquences.

Enfin, les habitants d'Agaléga font face à un problème inattendu : l'acheminement d'équipements ménagers, tels que les réfrigérateurs et les canapés, achetés à Maurice mais qui ne peuvent pas être livrés sur l'île. «Ces familles ont déjà payé pour ces équipements, mais on leur dit que les bateaux ne peuvent pas les transporter pour le moment. C'est un vrai problème car ces réfrigérateurs sont essentiels pour conserver les rares produits alimentaires disponibles.»

Selon les autorités mauriciennes, un bateau, le MV Peros Banhos, par tira pour Agaléga le 29 mars, transportant des denrées alimentaires et non alimentaires pour soulager la population (voir ci-dessous). Pour assurer un accostage en toute sécurité, la Mauritius Ports Authority a organisé le déplacement d'un capitaine de remorqueur qualifié à bord du MV Peros Banhos, afin d'assister le maître de remorqueur d'Agaléga lors des manoeuvres.

De plus, l'Outer Islands Development Corporation est en contact avec les autorités indiennes pour assurer la présence d'un capitaine qualifié à bord du seul remorqueur disponible sur l'île. Des pare-chocs supplémentaires seront également installés sur le quai pour faciliter l'accostage des navires.

Malgré ces promesses, les habitants restent sceptiques. Après des mois de détresse et d'attente, ils espèrent que cette fois-ci, les mesures annoncées seront réellement mises en oeuvre.

En attente de provisions et de solutions

Franco Poulay, militant agaléen : «Nou ena linpresion nou pa dan Repiblik Moris»

La situation des habitants d'Agaléga continue de susciter des inquiétudes. L'approvisionnement en vivres et autres produits essentiels reste un défi majeur pour cet archipel isolé qui dépend entièrement des navires pour recevoir ses marchandises. Le prochain ravitaillement est provisoirement prévu pour le 29 mars, avec l'arrivée du navire MV Peros Banhos. Cependant, cette date reste incertaine, car elle dépend des conditions maritimes et des décisions de la Mauritius Shipping Corporation Ltd.

Le 5 mars, le Resident Manager par intérim d'Agaléga a alerté les autorités en dressant une liste des produits en rupture de stock dans l'archipel. Face à cette urgence, le Premier Minister's Office a sollicité, le 11 mars, le soutien du gouvernement indien à l'occasion de la visite de Narendra Modi, invité d'honneur lors des célébrations de l'Indépendance de Maurice.

En réponse, le navire de guerre indien, l'INS Imphal, qui retournait en Inde, a accepté de transporter 1 000 kilos de marchandises à Agaléga. Les équipes de l'Outer Island Development Corporation ont eu moins de 24 heures pour préparer et envoyer ces produits.

Toutefois, des articles essentiels comme les fruits frais, les produits congelés et certaines épices n'ont pas pu être embarqués, faute d'infrastructures adaptées sur le bateau indien. Le 14 mars, l'INS Imphal a quitté Maurice pour livrer ces provisions aux Agaléens avant de poursuivre son voyage vers l'Inde.

La précarité des conditions de vie à Agaléga est loin d'être un problème nouveau. Franco Poulay, militant engagé pour les droits des Agaléens, tire la sonnette d'alarme : «Les Agaléens sont fatigués. À chaque fois, c'est le même problème de manque de provisions. Il est temps que cela cesse.» Il exprime également le sentiment d'abandon ressenti par la population : «Nou ena linpresion nou pa dan Repiblik Moris.»

** Des difficultés médicales ignorées**

Outre les problèmes d'approvisionnement, l'accès aux soins médicaux est une autre source de frustration pour les habitants d'Agaléga. Franco Poulay dénonce l'absence d'un plan structuré pour les Agaléens nécessitant des traitements médicaux à Maurice : «Kan bann Agaleen bizin vinn Moris pou bann swin, gouvernman pena plan pou zot. Apre lopital, zot bizin debrouye pou trouv enn plas kot reste.» Il souligne également les longs délais d'attente pour rentrer à Agaléga une fois le traitement médical terminé, faute de moyens de transport rapides.

Les habitants d'Agaléga se sentent délaissés par la République de Maurice. Pour eux, la situation actuelle est inacceptable et insoutenable. Ils demandent des solutions durables, notamment un système d'approvisionnement plus fiable et fréquent pour éviter les pénuries répétées, des infrastructures médicales mieux adaptées, un plan d'accompagnement pour les patients transférés à Maurice, et un transport régulier et rapide entre Agaléga et Maurice pour assurer une meilleure connexion. Alors que l'archipel attend son prochain ravitaillement, le 29 mars, une chose est certaine : les Agaléens veulent des actes, pas des promesses.

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