Dev Jokhoo, ancien patron du NSS : «Les mules doivent être renvoyées après leur condamnation car elles continuent à créer des réseaux dans les prisons»
Depuis novembre 2024, les saisies de drogue en provenance de pays aussi variés que la Grande-Bretagne, la Thaïlande, les États-Unis, l'Inde et le Mexique se multiplient. Selon les statistiques, entre le 1eᣴ novembre 2024 et le 21 mars 2025, les saisies de cannabis à l'aéroport par la Customs Anti-Narcotics Section de la Mauritius Revenue Authority ont atteint 300 kg, d'une valeur colossale de Rs 3 225 200 000. Ces drogues sont souvent acheminées par des mules, un phénomène qui inquiète les autorités.
Le Deputy Commissioner of Police Dev Jokhoo, ancien patron du National Security Service (NSS) et expert reconnu en sécurité, tire la sonnette d'alarme : «Toutes ces commandes et ces trafics proviennent manifestement des prisons.» Une déclaration qui met en lumière l'implication de réseaux internationaux, orchestrant des opérations de trafic de drogue à grande échelle depuis l'intérieur même des établissements pénitentiaires.
Pourquoi laisse-t-on des étrangers tisser leurs réseaux depuis nos prisons ? Selon Dev Jokhoo, ces individus, opérant à l'échelle mondiale, menacent directement la sécurité et la santé publique en inondant le territoire de drogues.
Pour y remédier, il propose un changement radical : «Après leur condamnation, ces prisonniers étrangers devraient purger leur peine dans leur pays d'origine et non dans nos prisons, à nos frais. Les contribuables ne devraient pas soutenir un coût de Rs 800 par jour pour leurs besoins.» Cette suggestion pose la question de la rationalisation des ressources publiques et de l'efficacité du système pénitentiaire.
Dev Jokhoo distingue les «vraies saisies de drogue avec des mules ou suspects» des «pick-up drugs», ces opérations de saisie qui, selon lui, ne s'attaquent pas aux racines du problème. Il s'interroge également sur les récompenses (reward money) attribuées aux différentes unités de police, anciennement la Special Striking Team, la Special Support Unit Special Intelligence Cell, ou même le Flying Squad ou la Divisional Crime Intelligence Unit, pour ces saisies et sur la transparence du système. Méritent-ils ces récompenses pour ces «pick-up drugs» sans suspects ? Il faut impérativement une enquête.
Il prend l'exemple de Jean Hubert Celerine, alias Franklin, un trafiquant notoire, pour illustrer l'ampleur du phénomène : «Il cachait de la drogue sous terre. Mais avec le temps, la drogue perdait de sa valeur et de sa pureté et il fallait bien s'en débarrasser. Certaines saisies semblaient mises en scène pour fournir la drogue à des informateurs qui percevaient alors des récompenses pour leurs saisies.»
Accélérer les procédures judiciaires
Dev Jokhoo critique également la lenteur des procédures judiciaires, notamment dans l'analyse des substances saisies au niveau du Forensic Science Laboratory. Il propose une validation rapide des rapports d'expertise, sur le modèle des certificats de décès émis par l'officier, afin d'accélérer les poursuites. «Il faut que les Forensic Scientific Officers fassent, à travers un certificat, leur analyse sans avoir besoin d'être présents en cour pour les résultats. Ils n'ont pas besoin de faire des allées et venues en cour et que l'affaire soit renvoyée après.»
Selon lui, il est urgent d'agir pour éviter que la situation ne se dégrade davantage. La lutte contre le trafic de drogue ne peut pas se limiter à des saisies ponctuelles : elle doit s'appuyer sur une réforme en profondeur des lois et du système carcéral.