Au Mali, la santé de l'ex-ministre Bouaré Fily Sissoko, en prison depuis plus de trois ans et demi, se dégrade de façon alarmante. Son avocat a déposé ce lundi 24 mars une nouvelle demande de libération provisoire, cette fois pour raison médicale. L'ancienne ministre de l'Économie et des Finances est poursuivie dans le cadre de l'affaire de l'avion présidentiel et des contrats militaires surfacturés. Elle clame son innocence. Aujourd'hui, ses proches craignent le pire pour son état de santé.
Elle aura 70 ans dans quelques mois, et croupit en prison depuis le 26 août 2021, il y a plus de trois ans et demi - alors que la détention provisoire ne peut en théorie excéder trois ans, d'après le Code pénal. Ces dernières semaines, l'état de santé de Bouaré Fily Sissoko s'est dégradé de manière rapide et alarmante, selon son avocat, qui a déposé cet après-midi auprès de la Cour suprême une nouvelle demande de libération provisoire, sous contrôle judiciaire, certificat médical à l'appui. Maître Djanguina Tounkara n'a pas souhaité commenter davantage à ce stade.
Selon son entourage, Bouaré Fily Sissoko est extrêmement fatiguée et mal en point. Elle souffre de drépanocytose (une maladie génétique du sang), de problèmes cardiaques, d'hypertension et d'arthrose.
Les procureurs à Bollé
Vendredi dernier, les procureurs de la Cour suprême et de la Cour d'appel, ainsi que le directeur national de l'administration pénitentiaire malienne, se sont personnellement et en urgence rendus à la prison pour femmes de Bollé, à Bamako, afin de rencontrer Bouaré Fily Sissoko et de constater par eux-mêmes son état.
Ministre de l'Économie en 2014, Bouaré Fily Sissoko est mise en cause, aux côtés d'une dizaine de personnalités - hommes d'affaires, politiques, militaires - dans des détournements de fonds publics liés à l'achat de l'avion présidentiel et d'équipements militaires surfacturés. Une affaire complexe aux multiples rebondissements judiciaires, portant sur plus de 130 milliards de francs CFA (environ 198 millions d'euros), et qui tient les Maliens en haleine depuis plus de dix ans.
Nouvelles auditions
En octobre dernier, après trois semaines d'audience lors de la session spéciale de la Cour d'assises sur les crimes économiques et financiers, le procès avait été suspendu pour permettre l'audition de nouveaux témoins, à la demande des représentants de l'État et du ministère public. Les anciens Premiers ministres Moussa Mara et Oumar Tatam Ly, ainsi que l'ex-ministre délégué au Budget, Madani Touré, ont ainsi été auditionnés à la Cour suprême au cours des dernières semaines. Aucune date n'a encore été fixée pour la reprise du procès.
Accusée notamment de « corruption » et d'« atteinte aux biens publics », Bouaré Fily Sissoko n'a jamais cherché à se soustraire à la justice. Au contraire, l'ex-ministre a toujours réclamé d'être jugée afin, selon elle, de prouver son innocence. Devant les atermoiements de la justice, en août 2022, elle avait même écrit une lettre ouverte au président malien de Transition Assimi Goïta pour demander que le procès puisse enfin se tenir, afin de « sortir blanchie de tout soupçon » et pour que « [ses] enfants [...] puissent toujours marcher la tête haute » au Mali.
Soumeylou Boubeye Maïga
C'est dans le cadre de cette même procédure que l'ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga était mort en détention il y a tout juste trois ans, le 21 mars 2022. Les autorités maliennes de transition s'étaient opposées à son évacuation sanitaire, en dépit des recommandations médicales. Un précédent qui hante forcément les esprits des proches de Bouaré Fily Sissoko.