La Confédération des États du Sahel (AES) entame la deuxième année de son existence dans un contexte somme toute assez contrasté. Le mouvement vers la mise en place d’une organisation sous-régionale, avec les structures de gouvernance et les documents officiels estampillés AES, notamment le passeport AES, se déroule concomitamment avec la gestion de la crise sécuritaire, qui ne semble pas s’accentuer davantage à leurs frontières communes, malgré les immenses efforts et pertes enregistrés.
De l’extérieur, on a le sentiment que la lutte contre la montée du péril Djihadiste semble s’être éclipsée, au profit des luttes politiques pour parachever la transition, qui est en cours, et dont l’échéance reste, quoiqu’on dise, assez ambiguë.
L’agenda des pays de l’AES aux relents de souverainisme affirmé avait, il est vrai, enflammé les populations de ces pays et déclenché un vaste mouvement populaire en faveur des nouveaux pouvoirs incarnés par des militaires, qui avaient promis de mettre fin aux attaques armées des bandes de djihadistes, sur lesquels les régimes civils en place étaient, à leurs yeux, incapables d’apporter les réponses idoines. La prise du pouvoir par les militaires se présentait comme la seule réponse.
L’épisode des sanctions de la CEDEAO qui s' ensuit, on le connait, ainsi que les péripéties qui ont amené leur départ de l’institution régionale.
Aujourd’hui, d’un commun accord, les pays de l’AES ont décidé, ce 18 mars 2025, à la suite du Niger, de s’émanciper de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Au-delà de la solidarité affichée par ces 3 pays, il y a quand même un argument de fonds qu’il est difficile d’écarter, et qui tient à la réintégration de la Guinée alors suspendue à la suite du coup d’état qui a renversé le régime du Pr Alpha Condé.
En effet, au sommet de la Francophonie de Villers-Cotterêts en Octobre 2024, la Guinée avait été réintégrée à l’OIF, sous prétexte qu’elle était dans un processus de retour à l’orthodoxie institutionnelle avec l’assistance technique de l’OIF elle-même, pour l’élaboration d’une nouvelle constitution et l’adoption d’un calendrier et des échéances pour les élections. Et pourtant aujourd’hui, on le constate, rien n’est moins sûr.
Le maintien de la suspension des pays de l’AES, dans le même temps et 5 mois après la réintégration de la Guinée, semble, à ne pas s’y méprendre, relever de la maxime du deux poids deux mesures.
Ce départ, il faut le dire, était très attendu selon certains observateurs, au regard des relations assez distantes, pour ne pas dire plus, des pays de l’AES vis-à-vis du principal «actionnaire» de l’OIF qu’est la France, qui était l’hôte du sommet d’octobre 2024.
La question qui reste posée est maintenant de savoir vers quelle destination ces pays qui ont en commun la langue française (leur langue officielle) vont-ils se retourner? Vont-ils, à l’instar du Gabon et du Togo, comme en 2022, adhérer au Commonwealth, ou faire comme le Rwanda en 2009, changer de langue officielle dans la foulée? Qui sait?
Ils ont encore un délai statutaire de 6 mois pour rendre effectif leur départ de l’Organisation. Ce délai pourrait être mis à profit pour gérer quelques difficultés liées à la perte des bénéfices de la coopération dans les domaines de l’éducation ou du sport, par exemple, où il existe deux structures importantes comme la conférence des ministres de l’éducation (CONFEMEN) et la CONFEJES dans le domaine de la jeunesse et des sports.
Dans l’un comme dans l’autre cas, la proximité avec l’espace anglophone et ses opportunités économiques grandissantes pourrait être un sérieux coup de frein au développement de la langue française, qui d’ailleurs n’est pratiquée respectivement que par 23 et 13 % de la population au Burkina Faso et au Niger.
Les pays de l’AES pourraient alors, dans l’hypothèse d’une adhésion au Commonwealth, combler sans doute la perte de privilèges liés à la libre circulation des personnes et des biens résultant de leur sortie de la CEDEAO. Leur nouveau cadre d’intégration, qui comprendrait le Nigéria, le Ghana, le Libéria et la Sierra Léone, constituerait avec l’AES un espace aussi important, sinon plus, que ce qui reste des 12 états de la CEDEAO, si on y ajoute le Togo et le Gabon déjà membres du Commonwealth.
Cet ensemble plus vaste ne saurait être une vue de l’esprit.