Ile Maurice: Fonds national de pensions - Un portefeuille en baisse, des questions en hausse

Le ministère de la Sécurité sociale joue la carte de la transparence. Il vient de publier sur son site la performance des investissements du Fonds national de pensions (NPF) pour le trimestre clos au 31 décembre 2024. Tant mieux. Cependant, en analysant de près les chiffres, le constat est clair : le taux de rendement reste mifigue, mi-raisin, et l'on ne peut que s'interroger sur la stratégie du comité d'investissements.

Performance report NPF quarter ended 31 december 2024

Avec un fonds chiffré à Rs 160 milliards au trimestre en question, on peut se demander pourquoi le ministère n'a pas cru bon de rendre public le bilan de l'année entière. On relève que plus de 32 % de ce portefeuille, soit Rs 51,6 milliards, est investi dans des titres de l'État, notamment des bons du Trésor et des obligations, gérés par la Banque de Maurice. Or, le retour sur ces investissements dans cette classe d'actifs est négatif, à 1,17 %, et se situe à seulement - 0,15 % en comparaison aux autres actifs (total matching assets incluant tous les dépôts, cash, obligations et Bons).

Si le ministère de la Sécurité sociale avance comme raisons l'incertitude liée aux dernières élections générales et l'arrivée de Donald Trump aux ÉtatsUnis, avec ses implications sur le dollar et les taux d'intérêt pour expliquer ce taux de rendement négatif, on nous fait croire en même temps que, sur la base de certaines réactions recueillies, la performance de ce portefeuille n'est pas si mauvaise face à un rendement de référence négatif de 2,51 % sur le marché. «Il faut aussi prendre en ligne de compte que, quand il y a hausse des taux d'intérêts, comme l'a vu à la fin de l'année dernière, les cours des sociétés cotées sont inversement affectés», ajoute un spécialiste boursier.

Néanmoins, il est permis de se demander si c'est la bonne stratégie d'investir la majeure partie de ce portefeuille dans les instruments de l'État, négligeant ainsi d'autres options comme les dépôts en roupies dans les banques commerciales ou encore les investissements en devises étrangères. Non, répondent les spécialistes, rappelant la fameuse expression selon laquelle on ne doit jamais mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Sous-performance

Si l'on pousse l'analyse de cette performance trimestrielle, on note qu'avec 10,7 % de la valeur de ce fonds investis (Rs 17,2 milliards) dans certaines sociétés cotées à la Bourse de Maurice, le taux de rendement a été de 1,78 %, alors même que le rendement de référence du marché (benchmark return) à la SEM a été de 4,55 % durant cette période. Ce qui amène certains spécialistes à estimer que le fonds a sous-performé.

En revanche, les investissements sur les marchés étrangers, notamment dans des valeurs étrangères et des fonds communs de placement, ont généré un taux de rendement satisfaisant, environ 1,43 % contre 1,58 % affiché par le marché. Plus de 31 % du fonds NPF ont été investis dans ces marchés, représentant une valeur de Rs 49,7 milliards.

Performance report for PRGF for quarter ended 31 december 2024

Et quid de la performance du Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF), qui s'applique généralement aux employés du secteur privé ne bénéficiant pas d'un régime de pension privé ? À ce jour, ce fonds est évalué à Rs 7 milliards, dont presque 95 % sont investis dans des bons du Trésor, des titres de l'État ou encore des dépôts en roupies dans des banques commerciales. Étonnamment, aucun investissement n'a été réalisé sur les marchés étrangers, ce qui suscite des interrogations chez les experts. Compte tenu de son horizon d'investissement à long terme, ce fonds aurait pu générer des rendements plus intéressants au profit des employés. Pour le trimestre clos au 31 décembre 2024, le rendement des investissements du PRGF était négatif à 0,13 %.

Toutefois, une source au ministère de la Sécurité sociale persiste et signe. Le PRGF n'a pas, dit-elle, le même objectif que le NPF, qui est un fonds de pension à proprement parler. «C'est un fonds de gratification dans lequel les employeurs ont l'obligation légale de verser des contributions pour les années de service passées de leurs employés.»

Pour l'instant, il ne faut pas s'attendre à un remue-ménage dans l'orientation stratégique du comité d'investissement, même avec l'installation d'une nouvelle équipe au sein du ministère. «Il y a une introspection sur le fonctionnement du NPF, mais sa vision reste inchangée. Nous avons aujourd'hui d'autres urgences à traiter en priorité», insiste-t-on dans l'entourage de la nouvelle équipe.

Le NPF remplacé par la CSG... et le PRGF

Jusqu'en août 2020, le NPF était financé par des contributions obligatoires des employés et employeurs, à hauteur de 3 % et 6 % respectivement du salaire de base, ainsi que par les rendements des investissements du fonds. Un plafond de contribution était appliqué, avec un salaire de base assurable limité à Rs 19 990 en août 2020. Il avait pour objectif d'assurer le versement d'un revenu aux employés du secteur privé après leur départ à la retraite. Depuis septembre 2020, la Contribution sociale généralisée (CSG) a remplacé les contributions au Fonds national de pensions.

Quant au PRGF, il s'applique aux employés du secteur privé non couverts par un régime de pension. Son objectif est d'assurer le versement d'un capital unique aux employés à leur retraite, en fonction de leurs années de service tout au long de leur carrière.

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