Madagascar: Joanne Radao - Une mélodie pour deux terres

Joanne Radao n'est pas une artiste qu'on enferme dans une case. Auteure-compositrice-interprète et productrice franco-malgache, elle tisse avec audace et coeur une musique qui célèbre le métissage, les racines et la mémoire. Sa pop hybride, à la fois cosmopolite et généreuse, puise dans les sonorités malgaches pour offrir un son frais et universel, qui résonne bien au-delà des frontières de ses deux terres d'appartenance.

Née et élevée en France, Joanne a grandi avec le français comme langue maternelle, mais c'est auprès de sa grand-mère, Jeanine, qu'elle a découvert le malgache. « Je comprends assez bien, mais je ne parle pas encore assez bien », confie-t-elle avec une pointe d'humilité, avant d'ajouter qu'elle continue d'apprendre. Cette connexion linguistique et affective avec Madagascar, héritée de sa grand-mère, est au coeur de son identité artistique. « Même si je suis née en France, même si j'ai été élevée en France, il était important pour moi de rendre hommage à ces racines-là et surtout à ma grand-mère », explique-t-elle.

Son premier EP, « Fety » (qui signifie « fête » en malgache), sorti en 2023 et enregistré entre Paris et Bruxelles, a marqué les esprits. Avec ce projet, Joanne fait danser la mélancolie de l'île rouge, mêlant rythmiques malgaches et influences pop occidentales. Le succès est immédiat : France Inter, RFI, Nova et FIP succombent, TikTok France l'intègre à ses nouveautés, et les médias malgaches s'emparent du phénomène.

Outre-Atlantique, Radio Canada la découvre, tandis que sa consécration arrive en 2024 avec sa sélection au Chantier des Francofolies de La Rochelle. Première partie pour des artistes comme Fatoumata Diawara, Emeli Sandé ou Blick Bassy, Joanne impose peu à peu sa voix singulière. Sa première tournée, produite par Le Périscope, propage alors la « Fety mania » à travers la France.

Mais c'est avec son deuxième EP, « Jélinne », dont la sortie est prévue ce jour, que Joanne Radao dévoile une facette encore plus intime de son art. Cet opus, qui porte le prénom de sa grand-mère décédée il y a deux ans, est un hommage vibrant aux êtres chers. « J'étais en train d'écrire ce projet au moment où elle est partie, donc c'était évident qu'il fallait que les morceaux portent son nom », raconte-t-elle, émue. De Jélinne à Joanne, le « J » majuscule devient une passerelle symbolique entre les générations et les cultures. « C'est la reconnaissance du ventre. Mes tripes et mon coeur parlent sans détour », ajoute-t-elle.

Musicalement, Jélinne reste fidèle à cette pop qu'elle revendique, large et éclectique, où se croisent rock, R'n'B, soul et, bien sûr, des emprunts discrets à la musique traditionnelle malgache. On y retrouve notamment la valiha, cet instrument emblématique de Madagascar, jouée par le virtuose Rajery. « C'est de la pop occidentale, mais avec des rythmiques et des mélodies typiques de certains endroits de Madagascar », précise Joanne, qui aime collaborer avec d'autres artistes, comme M.beats pour des remixes de « Fety ».

Si son travail séduit en France « les retours sont bons ici », assure-t-elle, il suscite aussi des débats. Certains puristes regrettent une fusion trop audacieuse avec la musique traditionnelle, tandis que d'autres s'étonnent de son multilinguisme. « Les critiques, c'est bien aussi, parce que ça permet de dire que je pose des questions avec ma musique », rétorque-t-elle avec sérénité. « J'essaie de présenter un projet artistique cohérent et professionnel. Il y aura toujours des gens qui n'apprécieront pas, et ce n'est pas grave ».

À travers ses chansons, Joanne raconte sa réalité, ses émotions, sa vie. Dans « Jélinne », un titre comme « Le Courage » parle de la force et de la détermination nécessaires pour avancer. «J'essaie de faire en sorte que mes émotions personnelles touchent les gens », confie-t-elle. Et ça fonctionne : sa musique, qui s'exprime majoritairement en français avec quelques mots malagasy, ouvre une fenêtre sur Madagascar, un pays qu'elle rêve de reconquérir artistiquement. « Mon souhait le plus cher, c'est de proposer une tournée à Mada, de venir pour jouer », annonce-t-elle, alors qu'elle prépare son retour sur l'île.

Avec deux EP de cinq morceaux chacun, Joanne dispose désormais d'un répertoire solide, presque un album complet, qu'elle porte sur scène avec une énergie communicative. Entre la France et Madagascar, elle construit des ponts, célèbre la diversité et fait entendre une voix qui, à sa manière, redéfinit la pop d'aujourd'hui. « L'important, c'est la diversité », conclut-elle. Une diversité qu'elle incarne, de Jélinne à Joanne, avec une authenticité désarmante.

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