Afrique: Le continent africain face aux taxes douanières imposées par Donald Trump

Le continent doit, de toute urgence, produire pour l'Afrique, développer les échanges commerciaux intra-africains et se réorienter vers d'autres puissances commerciales.

L'Afrique et la guerre commerciale planétaire engagée par Trump : la remise en cause de l'AGOA

Au début du mois de mars, alors qu'il justifiait, devant le Congrès, les coupes massives dans les programmes d'aide destinées aux nations en développement, Trump avait dit, à propos du Lesotho : un pays « dont personne n'a jamais entendu parler ». Pourtant, les exportations vers les Etats-Unis de ce petit pays d'Afrique australe, totalement enclavé dans l'Afrique du Sud, sont désormais frappées de droits de douane de 50%, les plus élevés pour une seule nation en Afrique (1).

Le Lesotho, dont l'économie déjà fragile dépend de l'assistance étrangère et des exportations de vêtements vers le marché américain, pourra-t-il surmonter l'impact négatif de cette hausse vertigineuse des droits de douane ? Ces droits de douane dits « réciproques », qui frappent une vingtaine de pays africains, décidés de façon unilatérale par Trump, remettent en cause l'AGOA (2), l'accord commercial préférentiel avec les Etats-Unis.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Quelques rares secteurs seront fortement impactés, mais le volume des relations commerciales avec Washington étant modeste, les effets de la hausse des droits de douane aux Etats-Unis devraient être limités pour le continent africain. La véritable inquiétude concerne la fin de l'aide humanitaire et du soutien à la stabilité, alors que nous assistons, partout en Afrique, à exacerbation des crises.

L'exemple de la RDC montre que Trump s'intéresse à l'Afrique à la manière de Trump

Pour être clair, Trump ne s'intéresse pas à l'Afrique. En revanche, il s'intéresse aux accords commerciaux qu'il peut signer avec chaque pays africain dans des relations bilatérales et selon le principe du « deal », c'est-à-dire le marché, l'arrangement, la transaction passée entre deux pays.

Les relations entre les Etats-Unis et la République Démocratique du Congo (RDC) sont le meilleur exemple de la manière dont Trump voit les relations internationales : chaque année, les États-Unis importent 323 millions de dollars par an de la République Démocratique du Congo, mais ils n'exportent que 253 millions de dollars de biens manufacturés vers la RDC. Déficit commercial : 70 millions de dollars. Or, Trump ne regarde que le déficit commercial des Etats-Unis avec chaque pays.

A cela s'ajoute le fait que les États-Unis sont le principal donateur bilatéral de la RDC, fournissant un soutien au développement, à la stabilité et une aide humanitaire. Avec Trump, il n'est pas question de multilatéralisme, de soutien au développement et à la stabilité, ni d'aide humanitaire.

En revanche, selon le département d'Etat américain, les Etats-Unis sont prêts à discuter d'un partenariat sur les terres rares de la RDC, à l'image de celui en discussions avec l'Ukraine : un accord sur ces minerais (cobalt, lithium, etc.) en échange d'une aide à la sécurité contre les attaques du Rwanda et des rebelles du M23 dans l'Est du pays.

De façon caricaturale, on pourrait dire que Donald Trump ne discute pas avec Félix Tshisekedi de géopolitique. Il laisse son Secrétaire d'Etat, Marco Rubio, et son conseiller principal pour l'Afrique, Massad Boulos, nouer un accord commercial avec le ministère des Mines congolais.

Le 3 avril, Massad Boulos, conseiller principal pour l'Afrique du Président américain Donald Trump, a rencontré le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi. On sait déjà que seuls les métaux stratégiques africains sont épargnés par ces taxes, ce qui exonère le cuivre et le cobalt de la RDC.

Mais, derrière la déclaration convenue de Massad Boulos, il faut décrypter la réalité de l'intérêt que Trump porte à la RDC : « Nous souhaitons une paix durable qui affirme l'intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC, tout en posant les bases d'une économie régionale florissante. (...) Nous visons à stimuler les investissements du secteur privé américain en RDC, notamment dans le secteur minier, pour contribuer à la prospérité de nos deux pays. »

S'agit-il d'un accord gagnant-gagnant, ce que semble proposer le « deal commercial » de type trumpien ou, à nouveau, d'un bradage des ressources minières du pays en échange d'une hypothétique protection sécuritaire américaine (3) ?

Si l'on prend le cas de l'Ukraine, Trump ne parvient toujours pas à imposer un accord de paix à la Russie. Il est vrai que Poutine, l'un des bénéficiaires du partage du monde que prévoit Trump, n'est pas Kagamé, le président d'un petit pays africain. Trump pourra-t-il imposer à Kagamé « une paix durable qui affirme l'intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC » dans l'Est du pays ?

Trump s'était désintéressé de l'Afrique lors de son premier mandat (2017-2021). La destination choisie pour ce premier déplacement sur le continent, mais surtout le programme dicté par la doctrine de l'« America first », indiquent l'importance accordée par le président Trump au dossier congolais. Il ne s'agit pas d'une soudaine compréhension de l'importance de l'Afrique dans le nouvel ordre mondial. Trump maintient la réduction drastique de l'aide au développement et de l'aide humanitaire en Afrique, ce qui aggrave l'instabilité politique du continent.

Merci Trump

L'Afrique ne doit pas s'étonner de la politique de Trump que résume le slogan MAGA (« Make America Great Again »), slogan utilisé par Ronald Reagan dans sa campagne électorale de 1979 et popularisé par Donald Trump à partir de 2016, lors des primaires du parti Républicain. Qui peut reprocher à Trump de vouloir rééquilibrer la balance commerciale des Etats-Unis et résorber le déficit abyssal de l'Etat fédéral ?

Il le fait de façon brutale et unilatérale, sans vouloir distinguer entre alliés historiques et ennemis politiques des Etats-Unis. Pour Trump, la politique se réduit à l'économie. Depuis l'élection de Trump, le monde est entré dans une nouvelle ère, symbolisée par la scénarisation des dizaines de décrets signés à la hâte devant les télévisions.

Le réveil est d'autant plus brutal que le langage de Trump ne s'encombre pas de la politesse hypocrite de la vieille diplomatie du vieux monde. C'est finalement une bonne chose. Les Etats africains doivent désormais ouvrir les yeux et appliquer la réciprocité avec les puissances étrangères et les multinationales qui veulent exploiter leur sol et leur sous-sol.

Ce n'est pas une revanche d'un continent en développement sur les pays riches qu'il faut mettre en oeuvre. L'Afrique doit créer les conditions qui vont permettre aux Etats africains de : 1) produire pour l'Afrique 2) développer les échanges intra-africains 3) nouer des partenariats stratégiques « gagnant-gagnant » 4) se réorienter vers d'autres puissances commerciales.

Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. Déjà, en 1848, dans son Discours à la Chambre des Communes du Royaume-Uni, Henry John Temple avait dit : « We have no eternal allies, and we have no perpetual enemies. Our interests are eternal and perpetual, and those interests it is our duty to follow. » (L'Angleterre n'a pas d'amis ou d'ennemis permanents ; elle n'a que des intérêts permanents et ces intérêts sont la seule obligation que nous devons suivre.)

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.