Afrique Centrale: Tournée Monsieur Afrique de Trump - Massad Boulos dans les eaux troubles des Grands Lacs

analyse

Massad Boulos n'aura pas perdu de temps. Quelques jours seulement après avoir été nommé par la nouvelle administration américaine, soit le 2 avril dernier, le conseiller Afrique de Donald Trump a effectué sa première tournée africaine qui l'a conduit successivement en République démocratique du Congo (RDC), au Kenya, en Ouganda puis au Rwanda.

Il faut dire que ce périple africain tombe plutôt mal. Il intervient, en effet, au moment où le nouveau-ancien locataire de la Maison-Blanche est engagé dans la 3e guerre mondiale, commerciale, celle-là, avec l'augmentation exponentielle des droits de douanes des produits étrangers entrant sur le territoire américain.

Si les grandes puissances économiques comme la Chine, la Grande Bretagne, l'Union européenne sont les premières cibles de ces frappes commerciales américaines, l'Afrique n'est pas non plus épargnée. Principaux pays concernés par ce cyclone Trump qui déferle sur le monde : le Lesotho (50%), Madagascar (47%), l'Île Maurice (40%), le Botswana (37%), la Libye (31%), la Guinée équatoriale et l'Afrique du Sud (30%) et la Tunisie (28%).

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Les principaux produits exportés sont, entre autres, le textile, le sucre, la joaillerie, le diamant. Se profilent donc à l'horizon de sérieux problèmes économiques pour ces pays concernés avec à la clé des pertes d'emplois à la pelle. Le Roi Letsie III du Lesotho n'a-t-il pas dit craindre la perte d'emplois pour 30 à 40 000 personnes ?

Et que dire de la suspension de l'aide américaine, à travers l'USAID, qui fait peser de sérieuses menaces sur des millions et des millions d'Africains ? Déjà, les effets de ces mesures se sont sentis dans le domaine de la Santé, notamment dans le lutte contre le Sida, la sécurité alimentaire et bien d'autres.

En attendant, la visite de Boulos est frappée du sceau sécuritaire. La région du continent visitée n'est certainement pas le fait du hasard. Les pays ciblés sont d'ailleurs impliqués à un degré ou à un autre dans la nouvelle saison de la rébellion au Congo. Il débarque, en effet, alors que l'est du Congo est de nouveau en proie à un conflit engagé par le mouvement du M23 avec le soutien affiché, voire avéré, du Rwanda.

Dès sa nouvelle accession au pouvoir, nombreux sont les observateurs de la scène politique africaine qui se demandaient ce que pourrait faire le chef de l'Exécutif américain pour résoudre cette épineuse question congolaise. Mais force est de constater que pour le moment aucune annonce concrète n'a été faite et le Monsieur Afrique de Trump semble marcher sur des oeufs.

Lors de la dernière étape de son périple, au Rwanda le 8 avril, après avoir rencontré le trublion des Grands Lacs qu'est Paul Kagame, il a notamment, au cours d'une conférence de presse, indiqué que : « Nous ne sommes pas impliqués dans ces détails, ce sont des affaires internes. Les parties concernées sont engagées dans un dialogue.

Ce n'est pas une question de pression ou d'absence de pression, c'est une question de paix. Nous souhaitons voir la paix s'installer, et nous pensons qu'il y a de bons signes dans ce sens. Nous aimerions voir une paix durable et une stabilité dans la région et en RDC ». Des propos ampoulés de diplomate donc qui ne lèvent pas véritablement le voile sur les intentions réelles de Washington.

Une chose est sûre, les Etats-Unis ont également intérêt à ce que la paix soit restaurée dans cette partie du continent, dans la mesure où le sol et le sous-sol de l'est du Congo regorgent de minerais stratégiques dont les économies mondiales ont besoin pour leur développement. A moins que l'Oncle Sam trouve également son compte dans cette guerre de rapine que mène le général Kagame.

En attendant, les USA subissent les conséquences de cette situation trouble. Pour preuve, la société minière Alphamin, qui intervient dans les gisements d'étain de Bisié, a été obligée de suspendre ses activités. Vivement donc que la première puissance mondiale s'investisse davantage pour trouver une solution négociée à cette nouvelle guerre du Congo qui non seulement n'en finit pas de désarticuler l'économie du pays et de la sous-région mais aussi de créer d'insurmontables problèmes humanitaires.

Mais cela dit, force est de reconnaître que ces « Pays de merde », comme les avait qualifiés Donald Trump lors de son premier mandat, ne semblent pas être une priorité dans l'agenda de l'occupant du Bureau ovale.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.