Cote d'Ivoire: Une Présidentielle à plusieurs questions ?

10 Avril 2025
analyse

La Côte d’Ivoire ira certainement à l’élection présidentielle en octobre 2025 pour choisir celui qui aura la charge de diriger le pays des « éléphants » pendant 5 ans.  

C’est dire qu’on est en plein dans le « délai butoir » fixé par le protocole de la CEDEAO qui exclut toute modification de la loi électorale par les pays signataires, six (6) mois avant la date de l’élection, sauf accord des protagonistes.

Ainsi donc, il est désormais exclu toute extension de la révision des listes électorales, par conséquent des inscriptions de nouveaux électeurs, comme le réclamait l’opposition.

Ceci dit, l’une des questions qui se posent aujourd’hui avec beaucoup de pertinence, avant la proclamation définitive de la liste des candidats ; la liste provisoire ayant été publiée par la Commission Electorale Indépendante (CEI) le 17 mars dernier, sans Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé, et avec un Alassane Ouattara dans un « Ni oui, ni non », est quid donc de Tidjane Thiam ?

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En effet, si la candidature de Tidjane Thiam semble être définitivement actée par le PDCI-RDA en attendant son officialisation par le congrès du parti Houphoettiste du 16 avril prochain, il y a des craintes qui pèsent sur elle, en raison d’une part de l’opposition interne au PDCI incarnée par l’ancien ministre du Commerce Jean Louis Billon, et d’autre part, par la procédure initiée par Mme Valérie Yapo pour demander sa déchéance, après que l’hypothèque sur sa supposée bi-nationalité qui est une condition exclusive à sa candidature ait été définitivement levée.

En effet, le Décret du 19 mars 2025 signé par le Premier ministre Français, François Bayrou, paru dans le Journal officiel français du jeudi 20 mars 2025, indique ce qui suit : "Art 2 : sont libérés de leur allégeance à l'égard de la France, les français dont les noms suivent : Thiam (Cheick, Tidjane), né le 29/07/1962 à Abidjan (Côte d'Ivoire) LIB, 2025 X 002699, dép. 99, Dt.009/8".

Mais, s’il est devenu exclusivement ivoirien le 20 mars, postérieurement au premier dépôt de candidature, il est clair que le PDCI doit attendre la décision définitive de la justice.

En effet, la jurisprudence Karim Wade au Sénégal est fraîche dans les mémoires. La renonciation à sa nationalité française par le candidat du PDS, fils Me Abdoulaye Wade n’avait pas été considérée par le juge, faute de disposer d’un acte l’attestant au moment du dépôt de son dossier de candidature. Dans le cas d’espèce, c’est quasiment le cas pour Tidjane Thiam lors de la publication de la liste provisoire. La renonciation a été actée le 20 mars, soit trois jours après la publication de la liste provisoire par la CEI.

Au final, la Côte d’Ivoire risque d’expérimenter un modèle qui commence à faire école en Afrique de l’Ouest particulièrement, à savoir l’élimination « juridique » de candidats dits « gênants ». En effet, si Gbagbo, Blé Goudé, Soro et éventuellement Thiam sont hors de course, Alassane Ouattara qui hésite à se présenter au risque d’essuyer une éventuelle défaite face à un candidat moins touché par l’usure du pouvoir, se voit ouvrir un boulevard pour un « sixième » mandat, faute de véritable challenger.

Toutefois, il ne faut pas sous-estimer la stratégie de l’opposition réunie au sein de Coalition pour une Alternance Pacifique en Côte d’ivoire (CAP-CI). Elle sait certainement que la question de sa binationalité a déjà été évoquée, y compris dans son camp et celui de Ouattara, et qui, malgré tout, a décidé de faire de lui son champion.

Que faut-il comprendre par là ? De deux choses l’une. Soit, l’opposition décide de faire bloc autour de Thiam dont la candidature, validée une première fois par la CEI, et le sera en définitive, car ayant obtenu la pièce manquante sur sa nationalité, ou la CAP-CI va faire face à Ouattara avec un autre candidat au cas où il se présenterait et le battrait aux urnes. Sachant que, dans le camp de Ouattara aussi, il y a de sérieux remous et des candidats en embuscade, ce qui écarte tout espoir d’une victoire au 1er tour. La déclaration récente du fils de l’ancien premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui demande à Ouattara de « passer la main », en ajoute une couche.

Une multitude de questions en perspective. Les prochains jours nous édifieront.

 

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