Le Sénégal est en deuil. Mamadou Badio Camara, le président du Conseil constitutionnel, a tiré sa révérence ce 10 avril en début de matinée.
Au moment où nous tracions ces lignes, le programme de ses obsèques n'était pas connu mais tout le Sénégal est dans la consternation. Des citoyens ordinaires au premier magistrat du pays, le président Bassirou Diomaye Faye, en passant par les médias et les réseaux sociaux, c'est un concert d'hommages au grand homme, au magistrat intègre, au démocrate, républicain convaincu, que fut Mamadou Badio Camara.
En effet, celui qui a définitivement rangé sa toge à 73 ans, a connu une brillante carrière dont le summum est celui d'avoir été le président du Conseil constitutionnel, et pas un président quelconque ! C'est avec une maestria professionnelle, faite d'indépendance et de droiture, qu'il a tenu ferme le maillet de gardien de la loi fondamentale sénégalaise au moment où des vents contraires ballotaient dangereusement la stabilité institutionnelle du pays.
A ce propos, la décision courageuse prise le 15 février 2024 par les juges constitutionnels sous son magister, retoquant la loi sur le report de l'élection présidentielle, fait désormais date dans les annales de l'histoire politique du Sénégal, et au-delà, en Afrique. C'est logiquement donc, saluant sa mémoire, que des confrères sénégalais le mettent sur le piédestal du héros "qui a sauvé l'élection présidentielle de 2024", confirmant "son engagement constant envers l'Etat de droit... la justice au Sénégal".
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De fait, sous sa présidence, le Conseil constitutionnel a fait preuve d'une réelle indépendance et de l'exécutif, et du législatif, rejetant une loi controversée, un projet du gouvernement, voté dans la précipitation par une majorité mécanique à l'Assemblée nationale. Dans le contexte de crise socio-politique que vivait le pays, avec une élection présidentielle à forts enjeux, il fallait une bonne dose de courage et de convictions pour le faire.
La mémoire de Mamadou Badio Camara est d'autan plus à saluer, qu'il était réputé proche du président Macky Sall qui l'avait nommé à ce poste pour servir , disaient certains, ses ambitions où celles de son dauphin de Premier ministre. La collusion présumée ou attendue, fit flop. Non seulement un 3e mandat de Macky Sall a été jugé non constitutionnel mais le report de la présidentielle qui aurait donné plus de temps à Amadou Ba, son dauphin, pour mieux se préparer à l'élection, ne fut pas accepté non plus.
Cette structure d'indépendance du pouvoir judiciaire de l'exécutif et du législatif est si rare sous nos tropiques qu'il faut le souligner parmi les qualités professionnelles de Mamadou Badio Camara et l'inscrire sur les références de la démocratie sénégalaise. Seul pays en Afrique de l'Ouest à n'avoir pas encore connu de coup d'Etat, des analystes n'hésitent pas à dire qu'en sauvant l'élection présidentielle de 2024, le défunt président du Conseil constitutionnel et ses pairs ont tressé des lauriers supplémentaires à la stabilité institutionnelle du Sénégal à côté d'autres vitrines de la démocratie républicaine sur le continent notamment l'Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, le Cap-Vert...
Ne serait-ce qu'à cause de la décision historique du 15 février 2024, Mamadou Badio Camara a été un magistrat qui a fait honneur à la toge. Au demeurant, il fut également un procureur général teigneux près la Cour suprême et membre actif du comité des Nations unies sur les disparitions forcées depuis 2011.
Que tous les dignes fils d'Afrique, en quête de plus de souveraineté, de justice, de stabilité, et de progrès pour leurs pays, s'inspirent d'une vie si exemplaire ! Que la terre libre du Sénégal lui soit légère !
