Cameroun: Indignation après un verdict clément pour un auteur de féminicide

Au Cameroun, la clémence de la justice face à un auteur de féminicide provoque l'indignation. Condamné le 1er avril à cinq ans de prison avec sursis pour le meurtre de son épouse en novembre 2023, le mari peut donc en principe sortir de prison libre. Mais le ministère public et l'avocate de la famille ont fait appel et la société civile se mobilise.

En novembre 2023, Diane Yangwo, 30 ans, mère de trois jeunes enfants, meurt à l'hôpital. Seize mois plus tard, devant le tribunal de Grande instance du Wouri, à Douala, son mari, en détention provisoire, inculpé pour « coups mortels » et non pas pour meurtre, reconnaît être l'auteur des coups, mais déclare que l'acte n'était pas prémédité. Le 1er avril, la juge le condamne à cinq ans de prison avec sursis. Il peut donc en principe sortir de prison libre. Mais le ministère public et l'avocate de la famille ont fait appel et la société civile se mobilise.

Une peine « inappropriée », « fantaisiste », « injuste ». Les qualificatifs utilisés pour dénoncer la décision du tribunal ne manquent pas. C'est un très mauvais signal qui est donné, selon la sociologue Lydie Biby Meghuiope de l'Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), interrogée par Amélie Tulet, de la rédaction Afrique. « C'est comme si on donnait l'autorisation d'aller commettre d'autres meurtres pour d'autres femmes. Un sursis pour un meurtre, on se dit mais qu'est-ce qu'il faut d'autre pour qu'il soit sanctionné ? (...) On se dit : mais jusqu qu'à quel point on nous rend vulnérables ? À la merci de la décision d'un individu de nous ôter la vie ? C'est vraiment terriblement terrifiant pour nous les femmes ! »

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Une décision de justice d'autant plus difficile à comprendre, pour l'avocate de la famille de la victime, Me Charlotte Tchakounte, que les violences ont eu lieu devant témoins : « Et la façon dont il lui a administré les coups, ce n'était pas pour qu'elle se relève (...) et il l'a traînée au sol comme un sac de je-ne-sais-quoi pour aller la jeter dans sa malle arrière. (...) C'était prémédité. C'est à tort qu'on a retenu la qualification de coups mortels, encore que la loi dit que (pour ces actes) la peine d'emprisonnement va de 6 à 20 ans... » Tout ça pour arriver à ce verdict « que le monde entier est en train de déplorer, moi, je ne peux pas comprendre », se désole l'avocate.

En attendant la décision de la cour d'appel du Littoral, la Coalition camerounaise contre les violences faites aux filles et aux femmes s'est saisie de l'affaire pour interpeller à nouveau la ministre de la Promotion de la femme et de la famille sur la nécessité de faire évoluer la loi.

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