Soudan: Deux ans de guerre - Tout ça pour des ambitions de généraux

Ils s'entendaient comme larrons en foire. Ils s'étaient même entendus pour braquer le pouvoir aux civils. En effet, après de longs mois de contestation populaire liée à la vie chère et à un besoin de respiration démocratique, les Soudanais avaient fini par avoir raison du dictateur Omar el-Béchir. Mais c'est l'armée qui le destituera le 11 avril 2019. Après quelques péripéties s'ouvrira une transition civilo-militaire qui était censée conduire à des élections générales et au retour à une vie constitutionnelle normale si on peut l'appeler ainsi.

Hélas ! ce bel élan démocratique sera freiné, le général Abdel Fatah al-Burhan ayant décrété l'état d'urgence, dissous les autorités de la transition et fait arrêter la plupart de ses membres civils. L'armée, omniprésente depuis l'indépendance du pays, reprenait donc pleinement la conduite des affaires de l'Etat. Les nombreux morts et blessés au cours des manifestations l'auront donc été pour rien.

Hélas ! l'entente entre les militaires ne sera pas éternelle. Comme des brigands qui, dans un western, vont se liquider pour le partage du butin, des divergences apparaîtront très vite entre les membres de la haute hiérarchie militaire quand le général Abdel Fattah al-Burhan voudra mettre au pas les Forces de soutien rapide du général Mohamed Hamdan Dogolo, alias Hemeti.

En effet, le casus belli est né de la volonté d'al-Burhan d'intégrer les FSR au plus vite dans les rangs de l'armée, ceux-ci étant considérés, selon lui, comme une sérieuse menace pour l'Etat soudanais, alors que dans le même temps, Hemeti insistait pour prolonger le processus de fusion sur une longue période. Et en l'absence d'entente entre les deux parties, les FSR se sont empressées de commettre un coup d'Etat. Ce fut le début du schéma du clash qui va déboucher le 15 avril 2023 sur des affrontements entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide.

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Deux ans après, c'est toujours la désolation. C'est une lutte à mort que se livrent les deux camps, chacun d'eux étant soutenu par des alliés extérieurs au grand dam des populations qui subissent une nouvelle fois le martyre. Plus de 13 millions de déplacés et de réfugiés, une crise humanitaire aiguë qui touche la moitié de la population, des milliers de personnes tuées, etc. Le bilan humain est simplement apocalyptique. La situation est si grave que pour les humanitaires, c'est la crise la plus grave au monde.

Tout ça pour les ambitions de généraux qui luttent non seulement pour le contrôle du pouvoir, mais aussi les dividendes économiques et financiers qu'implique la gestion des affaires de l'Etat dans un pays potentiellement riche en ressources naturelles dont le fer, le pétrole, le cuivre, l'argent, le mica, le talc, le manganèse, le chrome et le platine, le sable noir, l'or et le marbre.

Il faut dire que les Soudanais ont toujours été un peuple martyr dans la mesure où cette guerre des généraux, comme on l'appelle, est la quatrième guerre civile que connaît le pays depuis son accession à l'indépendance en 1960. Et deux ans après le début des hostilités, rien ne semble indiquer que le bout du tunnel est proche. Toutes les tentatives de médiations menées par le Soudan du Sud, l'Egypte, l'Ethiopie, le Kenya, la Somalie, l'Ouganda, l'Erythrée, Djibouti et la Turquie ont échoué. Le problème est d'autant plus complexe qu'il n'y a pas mal de mains extérieures qui tirent les ficelles en sous-main.

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