Nonraogo, 42 ans, militaire envoyé à la retraite anticipée, a comparu, le 15 avril 2025, devant la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga I pour des faits d'escroquerie aggravée. Aux yeux de ses victimes, il se faisait passer tantôt pour un responsable de commissariat, un adjudant de police, tantôt pour un militaire ayant subi une attaque terroriste qui l'a dépouillé de ses biens, ou quelqu'un qui veut venir en aide à son épouse clouée au lit par une maladie. Ces différentes raisons ont motivé ses victimes à lui faire des transferts d'argent allant de 20 à 75 000 francs. Des sommes qu'il n'a jamais remboursées contrairement à ce qui avait été convenu d'accord parties.
Tous les huit faits reprochés au prévenu Nonraogo se sont déroulés « en tout cas depuis moins de trois ans ». Il les a presque tous reconnus sauf dans le dernier cas où sa victime a laissé entendre qu'au téléphone Nonraogo s'est présenté comme un de ses clients militaire qui venait d'être victime d'une attaque terroriste au cours de laquelle il aurait perdu tous ses biens.
En effet, toutes ses 7 victimes, dont 5 à la barre, vendent des articles en ligne via leurs pages Facebook. Nonraogo à travers un « faux profil », selon le ministère public, entrait en contact avec ces commerçants. Il se montrait intéressé pour un produit et réussissait à obtenir les contacts téléphoniques de ceux qui ne les affichent pas directement sur leurs pages. Par la suite, il renouait le contact avec ses victimes, leur signifiait qu'il était intéressé par tel ou tel produit, mais s'est retrouvé dans une situation d'urgence qui nécessitait un besoin d'argent.
Morceaux choisis : « ...il m'a demandé un prêt de 30 000 francs pour réparer sa voiture et qu'il allait rembourser le lendemain » ; « il m'a dit qu'il est adjudant de police à Seguénéga... » ; « il s'est présenté comme M. Yaméogo que je connais » ; « honnêtement sa voix ressemblait à celle d'une de mes connaissances », ont tour à tour témoigné les victimes pour justifier les transferts d'argent qu'ils ont effectués.
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Pour seule ligne de défense, voici ce qu'a dit Nonraogo : « Ils m'ont confondu avec des personnes qu'ils connaissaient et j'ai profité de la situation parce que j'étais dans le besoin ». « Mais est-ce qu'une victime a un intérêt à mentir sur vous ? », lui a demandé le président de la Chambre correctionnelle qui finira par céder le crachoir au procureur du Faso pour ses réquisitions.
Le parquet commence par fustiger « la naïveté » des victimes elles-mêmes qui, à quelque part sont responsables de ce qui leur est arrivé. « Je ne peux pas envoyer de l'argent à quelqu'un que je ne connais pas, fut-il commissaire, militaire ou magistrat », martèle-t-il avant d'assener que les faits sont largement caractérisés à l'encontre du « militaire de 42 ans, envoyé à la retraite anticipée ».
Et de requérir que ce dernier soit maintenu dans les liens de « l'escroquerie aggravée » et condamné à 5 ans de prison et à 3 millions d'amende, le tout ferme, au regard de la gravité des faits. Le prévenu ayant déjà fait le service militaire puis décoré à maintes reprises de la médaille militaire, la Chambre lui a appliqué 18 mois de prison ferme, 1 million assorti de sursis, le remboursement des sommes dues aux victimes avant de fixer la contrainte judiciaire à 3 mois.