Congo-Brazzaville: Peinture - Willys Kezi Niangui expose à la Galerie Éric Dupont à Paris

La galerie Éric Dupont accueille l'exposition personnelle de Willys Kezi Niangi, composée de peintures et documents, intitulée La reine Willys.

L'exposition, dont le public était convié au vernissage l'après-midi du 10 avril dernier, suivi d'une performance de Willys Kezi Niangi, se déroule jusqu'au 10 mai à la galerie Éric Dupont, à Paris, dans le troisième arrondissement.

L'artiste congolaise part de deux constats selon lesquels la femme est le sexe fort et elle est le sommet de la création. De ce fait, elle dévoile une nouvelle série, à la fois intime et captivante, intitulée La reine Willyce, une plongée dans la royauté intérieure, l'héritage et l'identité.

Willys Kezi dévoile La reine Willyce, une série d'oeuvres puissantes et profondément intimes dans laquelle se croisent royauté intérieure, mémoire transgénérationnelle et affirmation identitaire. Cette exposition marque un tournant dans la pratique de l'artiste congolaise, qui mêle ici autobiographie, recherche historique et figures emblématiques du féminisme noir pour interroger ce qui, en nous, relève de l'héritage, de la résistance et du pouvoir.

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S'appuyant sur sa propre lignée familiale, Kezi convoque la figure de son arrière-grand-mère, princesse oubliée, et celle de son grand-père, un évolué du Congo belge, personnage complexe à la croisée de l'autorité coloniale et des savoirs endogènes.

À travers leurs trajectoires, l'artiste convoque les zones grises de la mémoire postcoloniale : ces moments ambigus où l'ascension sociale passait par une assimilation violente, et où la dignité s'armait de silence. Ces histoires intimes deviennent ici les matériaux d'un récit plus vaste, où passé et présent dialoguent sans hiérarchie, dans un tissage fragile mais nécessaire entre mémoire personnelle et mémoire collective.

Dans cette série, Willys Kezi convoque aussi les grandes figures du féminisme noir: Sojourner Truth, Adut Akech, Naomi Campbell qu'elle représente comme autant d'icônes sacrées, reines d'un royaume intérieur souvent nié. Elles sont peintes, sculptées ou mises en scène comme des allégories de puissance, de beauté radicale et d'endurance.

Le célèbre discours de Sojourner Truth, Ain't I a Woman?, résonne à travers l'exposition comme un écho persistant, une adresse directe au spectateur et une question qui traverse les siècles. Les mots de bell hooks, dans son magnifique livre Ne suis-je pas une femme ?, viennent également ancrer la réflexion : "La femme noire n'a jamais été considérée comme femme, ni même comme sujet." Dans l'oeuvre de Kezi, cette parole devient matière, image et présence.

La reine Willyce est un espace de confrontation, de réparation et de renaissance d'une dignité oubliée ou perdue. En tissant des éléments biographiques, des archives coloniales, des symboles sacrés et des représentations contemporaines de la femme noire, Kezi élabore une esthétique de la souveraineté retrouvée. Elle rejoint en cela la pensée de Leonora Miano, qui écrit dans L'autre langue des femmes : "Les corps féminins noirs portent une langue que la modernité a tenté de faire taire." Ces corps sont ici restaurés dans leur mémoire, leur langage et leur puissance. Ils deviennent territoire, récit et monument.

L'exposition propose ainsi un voyage visuel et émotionnel à travers les strates du temps, de la royauté silencieuse des ancêtres à la visibilité éclatante des femmes noires dans la culture contemporaine. Mais elle ne s'arrête pas là. La Reine Willyce est aussi une méditation sur l'héritage. Que choisit-on de garder, de réinventer et de transmettre ? Quelle langue inventer pour dire l'indicible ? Quelle forme donner à la dignité dans un monde où les corps noirs féminins continuent d'être à la fois hyper-visibles alors que certains voudraient les rendre invisibles

C'est dans cet entre-deux que Willys Kezi inscrit son oeuvre, un lieu de recomposition où l'intime devient politique et où chaque figure féminine est élevée à la hauteur d'un mythe. Loin des stéréotypes, elle crée un panthéon mouvant et fluide, habité par celles qui ont régné dans l'ombre, celles qui ont tenu bon qui se sont maintenues et qui ont façonné l'avenir.

La reine Willyce n'est pas seulement une exposition: c'est une déclaration, un geste de mémoire ! Un acte de foi en la puissance transformatrice des femmes noires, en leurs voix, en leurs histoires et leur droit à la souveraineté intérieure.

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