La 3ème édition du Baraza des Mouvements Sociaux Africains s’est close ce 16 avril 2025 à Accra, au Ghana. Le pouvoir et la puissance des Mouvements ont été démontrés à travers des ateliers qui ont permis à chaque groupe de formuler des recommandations pour le respect de la justice sociale et des Droits de l’homme.
Ce moment mémorable a permis d’étaler l’un des problèmes socio-culturels majeurs qui sévit actuellement dans la région du Sahel concernant le Mali, le Niger, le Burkina et la Mauritanie. Il s’agit des communautés discriminées sur le travail et l'ascendance (DWD) notamment appelé discrimination basée sur l’ascendance.
Cette forme de discrimination concerne l'esclavage par ascendance, une sorte d’esclavage qu'on a à l'héritage. « C’est-à-dire quand tu es né d'une maman qui est esclave, tu deviens automatiquement esclave », a expliqué Mme Raïchatou Wallet, Vice-présidente de Temedt Association, une organisation qui lutte contre l’esclavage par ascendance au Mali. En effet, elle est revenue sur la pratique de ce qu’elle appelle « une abjection ».
Selon elle, le phénomène a refait surface depuis quelques années. « On assiste réellement à une résurgence de l'esclavage sur l'ensemble du territoire du Mali avec des manifestations de diverses formes », a-t-elle indiqué.
A l’en croire, il s’agit de l’esclavage des temps modernes qui implique tous les concepts liés au travail forcé. Des familles entières ont été obligées de se déplacer, n’acceptant pas ce statut d’esclave qui bafoue le respect des droits humains.
« Les personnes qui sont dans la condition d’esclavage sont considérées comme une propriété humaine, le maître en dispose quand il veut et comme il veut » a-t-elle ajouté. Selon la Vice-présidente de Temedt Association, ce sont des communautés Touaregs au Nord du Mali, les arabes, les Peulhs, les Sonraï, ainsi que les Soninkés dans la zone qui fait frontière avec le Sénégal et la Mauritanie, qui pratiquent ce phénomène.
A cet égard, Mme Wallet a évoqué l’urgence de sensibiliser les peuples en passant par le réseautage afin que ce phénomène puisse être éradiqué. A travers des stratégies basées sur l'éducation et des plaidoyers au niveau des autorités, les pays concernés travaillent ensemble pour combattre ce fléau soulignant le fait qu’il y a des textes juridiques qui criminalisent le phénomène en Mauritanie et au Niger.
M. Abda Wone, chargé du programme des mouvements sociaux (SMP) et du portefeuille de la discrimination fondée sur le travail et l’ascendance et de l’esclavage chez TrustAfrica s’est exprimé sur la question en détaillant le plan de réseautage que la fondation a mis en place.
« On a mis en place un réseau panafricain avec Trustafrica qui joue un rôle de catalyseur pour ces différents mouvements qui réunissent des activistes de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Burkina Faso, ainsi que d’autres pays africains », a-t-il assuré.
En effet, il a ainsi mentionné le fait que ce réseau panafricain a rejoint un réseau mondial dénommé le Forum mondial des Communautés discriminées sur la base du travail et l'ascendance (GFoD), une plateforme pour exprimer les droits des communautés d'Afrique, d'Asie, d'Europe, d'Amérique latine et d'Amérique du Nord discriminées sur la base du travail et de l’ascendance.
Il faut noter que ces communautés qui subissent la discrimination sont confrontées à des stigmatisations qui constituent un obstacle à l'exercice de leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux.
C’est pourquoi, M. Amadou Diemdioda Dicko, enseignant de formation au Burkina Faso, s’est focalisé sur l’éducation surtout dans les zones rurales pour éveiller les consciences des nomades qui sont les plus concernés. C’est ainsi qu’il a initié le Festival du Chameau, des Arts et de la Musique du Sahel, qui vise à rassembler toutes les communautés en leur permettant de s’exprimer et de se connaître.
Aujourd’hui, il est crucial de noter que ce Baraza des Mouvements Sociaux Africains 2025 a été l’occasion de mettre en lumière des tares de la société africaine afin d’y apporter des solutions.
Ces mouvements et réseaux africains sont des lanceurs d’alerte et les porte-étendards des minorités qui réclament le respect des droits de l’homme. Toutefois, les États sont exhortés à régler les questions discriminatoires, socio-économiques et culturelles pour la paix durable dans le continent.