Madagascar: Emmanuel Macron veut réaffirmer le rôle de la France dans l'océan Indien

Les présidents Emmanuel Macron et Andry Rajoelina

Emmanuel Macron arrive mercredi 23 avril à Antananarivo pour une visite officielle de deux jours. Après Mayotte et La Réunion, le chef de l'État finit sa tournée dans l'océan Indien à Madagascar. Au-delà des échanges bilatéraux pour développer la coopération entre les deux pays, l'enjeu pour Emmanuel Macron est de réaffirmer le rôle de la France dans l'océan Indien.

Emmanuel Macron arrive à Madagascar avec une ambition claire : accroitre l'influence française dans l'océan Indien pour continuer à développer sa stratégie indo-pacifique, indique notre envoyée spéciale à Antananarivo,Valérie Gas. Il a fait valoir ses arguments avant de quitter La Réunion. « Dans la zone Indo-Pacifique, on a plus de 8 000 militaires qui sont présents. C'est quelque chose que l'on a anticipé et développé. C'est aussi pour cela que j'ai souhaité être présent à la Commission de l'océan Indien à Madagascar où je défendrai la place de la France et de ses territoires dans les exercices conjoints, dans la coopération régionale ou qu'il s'agisse de sécurité alimentaire, éducative, climatique où économique », a déclaré Emmanuel Macron.

La France se présente comme un État puissance de la zone et espère donc avoir les moyens de rendre Mayotte éligible aux programmes de la Commission de l'océan Indien, malgré l'opposition des Comores. « Il y a en effet des désaccords que nous connaissons, mais on peut les aborder avec respect et surtout avec pragmatisme », a lancé le président français.

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Les enjeux sont aussi économiques. Emmanuel Macron voit l'océan Indien comme un grand marché. « C'est le marché, au moins de la COI, même plus largement, qu'il faut aller conquérir. Afrique de l'Est... Océan Indien, avec des relais qui vont jusqu'à l'Inde sur certaines filières... On change de monde », a-t-il dit. Dans sa démarche, Emmanuel Macron espère obtenir le soutien de Madagascar.

Les enjeux du canal du Mozambique

La venue du président Macron à Madagascar devrait être marquée par des discussions sur la présence française dans le canal du Mozambique. C'est dans cette zone maritime qui sépare le continent africain de Madagascar, qu'Antananarivo revendique plusieurs îles françaises. La zone est disputée car ce carrefour est hautement stratégique.

Long de 1 500 km, le canal du Mozambique est d'abord une route du transport maritime mondial redevenue centrale depuis les tensions en mer Rouge de ces derniers mois. « Une bonne partie du trafic international qui passait par Suez a été détourné, ce qui a entrainé une augmentation significative du trafic passant par le canal du Mozambique, rappelle Jean-Marc Balencie, expert de la région pour le cabinet de conseil Attika Analysis, à Nicolas Feldmann du service économie. C'est une route assez stratégique, parce que ça permet de joindre les marchés en Amérique du Nord ou en Europe. »

Mais les eaux du canal du Mozambique, très riches en poissons, abritent aussi d'importantes réserves de gaz et de pétrole : « L'exploitation a déjà démarré en Tanzanie. Au Mozambique, là où les gisements sont très importants, c'est au niveau de la région du Cabo Delgado. Le problème, c'est que l'insécurité bloque le bon déroulé du projet », explique Jean-Marc Balencie.

À Mayotte, Emmanuel Macron a insisté sur les opportunités économiques du canal de Mozambique pour les Mahorais. D'après le chef de l'État, de grandes entreprises françaises devraient bientôt s'y déployer.

Madagascar attend des gestes forts d'Emmanuel Macron notamment sur le passé colonial En 2005, lors de la dernière visite d'État d'un président français à Madagascar, Jacques Chirac avait qualifié d'« inacceptables » les répressions engendrées par les dérives du système colonial, rapporte notre correspondante à Antananarivo Sarah Tétaud.

Vingt ans plus tard, les historiens attendent plus de la part d'Emmanuel Macron. « Les zones d'ombres sont immenses. On ne sait pas par exemple combien de personnes ont été victimes de décapitation pendant les mouvements insurrectionnels au début de la colonisation », explique Jeannot Rasoloarison, enseignant chercheur au département d'histoire de l'université d'Antananarivo.

Autre grosse zone d'ombre selon le spécialiste des luttes anticoloniales sur l'île : le nombre de victimes durant l'insurrection de mars 1947 qui varie entre « 10 000 et 100 000 morts selon les sources » militaires françaises ou nationalistes malgaches. En 2016, François Hollande avait reconnu une répression « brutale » de la France sur l'île en mars 1947 et évoqué des milliers de victimes. La question mémorielle s'annonce donc centrale, ajoute Pauline Le Troquier, notre correspondante à Antananarivo. La venue du chef de l'État français doit notamment sceller la restitution par Paris en août prochain de restes humains pillés pendant la conquête coloniale de l'île.

« Aujourd'hui, pour beaucoup de gens, on a dépassé cette mésentente entre Français et Malgaches. Mais pour la génération future, il faut éclaircir l'histoire. Ce que l'on attend de cette visite, c'est que la France mette en place une commission comme celle que l'on a créée au Cameroun pour faire toute la lumière sur ce que l'on appelle les violences coloniales et connaître les responsabilités de tous. Nous, les historiens, nous ne savons pas par exemple où se trouvent les archives de la Sûreté générale, la police de l'époque. La consultation de ces archives ainsi que celle des archives judiciaires pourrait permettre de faire la lumière sur la pratique répressive de la police et la justice coloniale de l'époque vis-à-vis des inculpés d'insurrection », continue l'historien. Nombreux sont ceux aussi qui espèrent qu'Emmanuel Macron ira jusqu'à « présenter des excuses au nom de la France » pour les crimes commis sur la Grande Île pendant la période coloniale.

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