Ça devait être un jubilé mémorable. Il y a 50 ans, en effet, que naissait la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sous la houlette de Moussa Traoré du Mali, de Sangoulé Lamizana du Burkina Faso, de Seyni Kountché du Niger et de Gnassingbé Eyadema du Togo, pour ne citer que ceux-là.
Cette organisation intergouvernementale avait pour objectifs initiaux un besoin d'intégration sous-régionale fondée sur des aspects économique et social, dont la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que le droit d'établissement.
Il en a été ainsi jusqu'à ce que vienne se greffer, en 2001, le Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui a donné un supplément politique à l'organisation sous-régionale. Il est presque unanimement admis que parmi les différentes organisations sous-régionales du continent, la CEDEAO était présentée comme l'un des modèles les plus avancés en matière d'intégration.
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Hélas, ce jubilé d'or est célébré à un moment où la grande famille CEDEAO est divisée, pour ne pas dire menacée, de dislocation. Déjà, en 2000, la Mauritanie avait largué les amarres, réduisant la communauté à 15 membres. Après les coups d'Etat successifs d'Assimi Goïta au Mali, d'Ibrahim Traoré au Burkina Faso et d'Abdouramane Tiani au Niger, les trois pays ont décidé concomitamment de claquer la porte « avec effet immédiat ».
C'était le 28 janvier 2024. Ces trois Etats, dirigés par des militaires, ont tourné ainsi le dos à l'organisation sous-régionale pour s'en aller créer l'Alliance des Etats du Sahel (AES) le 16 septembre 2023. Même s'il y a éventuellement d'autres motivations, les trois Etats avançaient notamment comme arguments, pour justifier leur départ, « l'éloignement de l'organisation de ses idéaux, son assujettissement à des puissances étrangères et des sanctions illégales et inhumaines ».
Malgré les multiples médiations et pourparlers pour leur retour dans cet espace, rien n'y fit. Les trois soldats sont, en effet, restés droit dans leurs bottes : pas question de retourner dans cette famille qu'ils haïssent désormais au plus haut point. Successivement, le président togolais Faure Gnassingbé, le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye puis le président ghanéen, John Dramani Mahama, s'y sont essayés.
Trois tentatives pour autant d'échecs. Au contraire, la nouvelle AES se structure au fur et à mesure avec des instances, un drapeau et bientôt un hymne. Tout semble indiquer que les trois présidents ne vont plus faire machine arrière comme ils l'ont, du reste, souvent martelés à dans leurs différentes interventions.
Voilà donc le contexte dans lequel se tient le cinquantième anniversaire de cette organisation sous-régionale. Même si le Ghanéen Dramani ne désespère toujours pas de ramener les croquants dans le giron de la CEDEAO. Des invitations officielles leur avaient même été adressées, même si on se demandait bien, sauf à se faire harakiri, comment le Mali, le Burkina Faso et le Niger allaient être représentés à ce jamborée jubilaire dont le gâteau a un goût plutôt amer. Ce cinquantenaire a été lancé le 22 avril dernier et prévoit une série d'activités qui vont culminer le 28 mai, jour anniversaire de l'organisation.
A cette occasion, le président ghanéen a de nouveau tendu la main à ses homologues en proposant que son pays soit un pont entre la communauté ouest-africaine et l'AES. Mais, sauf tremblement de terre, on ne voit pas trop comment la fracture pourrait se ressouder. En tout cas, pas en l'état. C'est donc une CEDEAO amputée de trois de ses membres fondateurs qui se retrouve à Accra pour un anniversaire en rang dispersés, pour ne pas dire dans la désunion.
Qu'à cela ne tienne, il faut espérer que, malgré l'absence des trois pays en question, les douze membres restants saisiront cette occasion pour faire leur propre autocritique et un bilan sans complaisance de ce cinquantenaire. Car, quand bien même les partants auraient des raisons subjectives de tourner le dos à l'organisation, la manière dont elle fonctionne n'est pas exempte de tout reproche. Il importe donc de se regarder dans le miroir, sans complaisance, pour rectifier le tir là où besoin est et éviter ainsi qu'à l'avenir d'autres pays en viennent à quitter le navire CEDEAO.