En Côte d'Ivoire, l'opposition parlementaire du PDCI a décidé de suspendre mercredi 23 avril sa participation aux sessions de l'Assemblée nationale, en signe de protestation contre la décision de justice rendue la veille, qui ordonne à la commission électorale indépendante de radier Tidjane Thiam de la liste électorale. Le parti de Félix Houphoüet Boigny mise toujours sur sa candidature.
En Côte d'Ivoire, les députés du Parti démocratique de Côte d'Ivoire, révoltés, ont décidé de ne pas siéger à l'Assemblée nationale mercredi en signe de protestation suite à la décision de justice ordonnant la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale. « Beaucoup d'arguments juridiques sont avancés mais c'est une orchestration savamment préparée par le pouvoir en place », a expliqué Simon Doho, président du groupe parlementaire du PDCI.
Au lendemain de la publication de la liste électorale provisoire, le 17 mars dernier, les députés du PPA-CI ont également suspendu leur participation à l'Assemblée nationale tant que l'ancien chef de l'État Laurent Gbagbo n'est pas inscrit sur la liste. Hubert Oulaye, le président du groupe parlementaire du PPA-CI, exprime aujourd'hui sa solidarité avec le PDCI. « Pour la fiabilité et la paix des prochaines élections, il fallait avoir un consensus aussi bien sur les futurs candidats que sur le processus électoral. À ce jour, nous voyons que rien ne bouge », a-t-il déclaré.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, rejette ces accusations et rappelle le principe de séparation des pouvoirs. « Nous sommes en train de bâtir un État de droit qui est basé sur le respect des textes. En la matière, le droit a été dit dans chacun de ces cas. Je ne vois pas où est-ce que le gouvernement intervient », a-t-il défendu. Ce responsable du gouvernement rejette l'idée d'un nouveau dialogue tel que réclamé par l'opposition car la cinquième phase du dialogue politique est bouclée et pour éviter « des arrangements qui ne sont pas conformes avec les textes. »
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Le PDCI tente de mobiliser ses militants
Au siège du PDCI, les militants sont motivés. Déterminés à soutenir la candidature de leur leader Tidjane Thiam jusqu'au bout, plusieurs personnes expriment leur amertume. Ces militants sont frustrés de voir leur leader bientôt radié de la liste électorale. Les cadres du PDCI comptent s'organiser avec les autres partis d'opposition. Simon Doho, le président du groupe parlementaire du PDCI. « Nous sommes venus pour confirmer notre désapprobation totale. Nous allons nous organiser et nous allons nous préparer en lien également aussi avec le PPA-CI, avec tous les partis, avec tous ceux et tout celles qui aspirent à la démocratie », a-t-il confié.
Alors qu'un appel à des manifestations a été émis, Amadou Coulibaly met en garde : « Le désordre ne sera pas toléré, ce n'est pas une menace, on peut considérer que c'est un conseil ».
Une militante du PDCI porte plainte Après la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale décidée par le tribunal de première instance d'Abidjan, cette juridiction se penche jeudi sur une autre affaire : celle qui oppose le président du PDCI-RDA à une militante du parti. Cette dernière conteste l'élection de l'ex-patron du Crédit suisse à la tête du plus vieux parti de Côte d'Ivoire.
C'est un autre front judiciaire pour Tidjane Thiam. Il est visé depuis le mois dernier par une plainte de Valérie Yapo, militante et membre du bureau politique du PDCI-RDA. Elle conteste son élection à la tête du parti, en décembre 2023. Son argument : au moment du congrès, Tidjane Thiam n'avait plus la nationalité ivoirienne. Elle s'appuie sur l'article 48 du code de la nationalité, le même qui a conduit à sa radiation de la liste électorale : un Ivoirien majeur perd sa nationalité au bout de quinze ans s'il acquiert volontairement une nationalité étrangère ou en reconnaît une. Maître Alain Bokola, avocat de la plaignante, estime que la justice ne peut se contredire. « La juridiction ne peut pas remettre en cause ce qu'elle-même vient de décider. Nous sommes confiants à 90% », a-t-il estimé.
La défense, elle, balaie ces arguments. Me Rodrigue Dadjé estime que l'article 48 ne s'applique pas à Tidjane Thiam, car il est né français, du fait de sa filiation. Les avocats de Valérie Yapo avaient aussi demandé la suspension des organes du parti et la nomination d'un administrateur provisoire mais cette requête a été rejetée le 11 avril par la juge des référés qui s'est déclarée incompétente.