Afrique: Une solution pour pratiquer l'agriculture sur des sols à forte salinité

25 Avril 2025

Cet article a été produit avec le soutien de l'Initiative des organismes subventionnaires de la recherche scientifique (IOSRS).

[OUAGADOUGOU] L'utilisation de la fumure organique contribue à contenir la salinité des sols et ainsi à favoriser le développement des cultures.

C'est la conclusion de l'étude sur la mise en valeur des terres salées pour contribuer à l'amélioration des conditions de vie des populations vulnérables menée par des chercheurs au Burkina Faso.

L'étude a été conduite dans la vallée du Sourou, une zone à forte production rizicole, et à Bobo-Dioulasso dans l'ouest du pays.

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"Cette méthode va permettre de récupérer les sols, alléger la souffrance des producteurs et accroître nos rendements "Sylvain Bationo, APIL

Selon les chercheurs, les investigations ont consisté à tester un certain nombre de technologies en mesure de permettre au riz de toujours exprimer une possibilité de production dans un milieu de salinité.

Louis Yameogo, chercheur à l'Institut de l'environnement et de recherche agricole (INERA) et principal auteur de l'étude, explique qu'il était question de démontrer des options de récupération des sols salés avec l'utilisation de la fumure organique.

Il s'agit des champignons mycorhiziens qui, associés aux racines du riz, permettent à ces racines qui sont dans le milieu de salinité de pouvoir toujours absorber des éléments minéraux.

« Nous avons testé une combinaison de fumure organique, de champignons mycorhiziens, avec une variété de fumure minérale, pour voir si les différentes combinaisons de ces éléments, avec une gamme variée de fumures minérales, pouvaient permettre au riz de pouvoir toujours pousser en condition de salinité », relate le chercheur.

Selon les résultats obtenus, l'utilisation des champignons mycorhiziens, qui sont des micro-organismes ayant le potentiel d'aider la plante à augmenter l'absorption des éléments nutritifs pour pouvoir bien se produire et se développer, permet relativement de récupérer les terres impropres aux cultures.

« [...] Mais ce qui est apparu de façon évidente, statistiquement significative par rapport à son influence sur les potentialités du riz à pouvoir très bien s'exprimer en condition de salinité, c'est la fumure organique. La fumure organique s'est révélée vraiment très efficace pour permettre au riz de pouvoir tolérer la salinité », déclare-t-il.

Solution

Les terres salées sont un état de dégradation des terres agricoles dû à un phénomène d'accumulation de sel soluble de natures différentes, tel que le potassium, le carbonate, le sodium.

Selon Naomi Sawadogo, étudiante en master travaillant sous l'encadrement de Louis Yameogo, ces études ont démontré qu'à partir d'un certain seuil, la plante n'est plus capable d'absorber normalement les éléments minéraux qui permettent son bon développement.

Dès lors, elle estime que « les chercheurs ont travaillé d'arrache-pied pour mettre en évidence ces technologies afin de trouver une solution à la problématique de la récupération des terres à forte teneur en sel ».

Au Burkina, 1,16 million d'hectares de terres sont dégradées, selon le ministère de l'Environnement. Parmi ces terres, 3 % sont impropres à toute pratique agricole à cause de leur salinité.

Louis Yameogo fait d'ailleurs savoir que près de 1 500 hectares de terres cultivables ont été abandonnés depuis les années 90 dans la vallée du Sourou, à cause de la salinité des sols.

« Nous avons mis en évidence ces technologies qui vont permettre aux producteurs de travailler en condition de salinité, parce que, se trouvant dans cette zone, ils ne vont certainement pas abandonner leurs terres. Il fallait leur permettre d'avoir des rendements en appliquant, bien sûr, les technologies qui permettent au riz de pouvoir végéter en condition de salinité », précise-t-il.

Accroître les rendements

Abondant dans le même sens, Sylvain Bationo, chargé des questions environnementales à l'ONG Action pour la promotion des initiatives locales (APIL), relève que de grandes superficies cultivables sont perdues à cause de la salinisation des sols.

« Cette méthode va permettre de récupérer les sols, alléger la souffrance des producteurs et accroître nos rendements », soutient-il.

Dans la ville de Meguet, située à 150 km de Ouagadougou, la capitale, Arouna Kaboré, agriculteur, estime que développer des solutions pour dompter ces terres pauvres, arides et impropres à la culture est à féliciter par tous les agriculteurs.

« Ces terres influencent négativement la production agricole, car nous n'arrivons plus à produire en quantité. Sur ces terres, les cultures ont du mal à pousser jusqu'à la floraison. Il fallait que les chercheurs trouvent des solutions pour pallier ces difficultés culturales parce que dans 10 ou 15 ans, ce sera un véritable problème pour la sécurité alimentaire », dit-il.

Sylvain Bationo pense justement que les résultats de cette étude constitue une solution à ces problèmes. « Car, dit-il, grâce aux chercheurs, on aura de bons rendements, les producteurs pourront vivre de l'agriculture et ils pourront nourrir toute la population. Je pense qu'on aura résolu un problème de taille ».

Bonnes pratiques

Les terres salées sont un danger pour l'agriculture, relève Adou Haro, chercheur en biotechnologies microbiennes et cellulaires et spécialiste en interactions plantes, micro-organismes, environnement.

« Le sel, c'est du poison. Lorsque la concentration de sel est élevée dans la terre, aucune vie n'est possible », affirme ce dernier qui est en service au Centre national de recherche scientifique et technologique(CNRST).

Il ajoute que la terre n'est viable et fertile que lorsqu'il y a de la vie, c'est-à-dire la présence de micro-organismes qui peuvent être des bactéries, des champignons, du macropore et tout ce qui peut la rendre poreuse et fertile.

Pour lutter contre les terres salines, il convient, selon ce dernier, de bannir les mauvaises pratiques culturales, notamment l'irrigation abusive des sols, l'utilisation incontrôlée des intrants chimiques tels que les NPK (azote, phosphore et potassium).

« Si l'engrais n'est pas utilisé de façon efficiente, le sol non drainé, cela peut conduire à des niveaux de salinité qui vont présenter des symptômes comme une carence en phosphore pour les plantes », démontre Adou Haro.

Bonnes pratiques

Le chercheur préconise d'intensifier la sensibilisation sur les bonnes pratiques de gestion durable des sols en utilisant les doses d'engrais de façon efficiente.

« La plante ne peut pas utiliser plus d'engrais qu'elle n'en a besoin. Le surplus va transformer les sols en sols salés qui vont par la suite provoquer un stress, ce qui va baisser les rendements. Cela peut même faire perdre le couvert végétal », ajoute-t-il.

En outre, Louis Yameogo recommande aux producteurs de bien entretenir leurs aménagements agricoles afin d'éviter le bouchage des drains.

« Si les producteurs n'arrivent pas à drainer leurs sols, au fil du temps, il y aura une salinité. Si la fertilisation n'est pas bien raisonnée, il y aura une accumulation de potassium au niveau du sol. Et, au fil des années, la salinité va s'installer », prévient-il.

Le chercheur souhaite que les résultats de cette étude soient vulgarisés à l'échelle nationale. « Ces technologies permettront à ceux qui sont confrontés à la problématique des terres salées d'y remédier. Si nous sommes interpelés pour un problème de salinité quelque part au Burkina, nous n'allons plus à y aller pour trouver des solutions. Les résultats sont déjà disponibles », confie-t-il.

Cet article a été produit avec le soutien de l'Initiative des organismes subventionnaires de la recherche scientifique (IOSRS), qui vise à renforcer les capacités institutionnelles de 17 agences publiques de financement de la science en Afrique subsaharienne.

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