On est encore loin d'un accord, mais cela est considéré comme un grand pas dans la recherche de la paix en République démocratique du Congo. Les ministres des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, et du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, ont en effet signé une déclaration de principe pour la résolution de la crise qui les oppose, dans la perspective d'une solution négociée de sortie de crise dont les grands traits sont le respect de la souveraineté de chaque Etat et la renonciation, de part et d'autre, au soutien de groupes armés non étatiques.
Dans cette affaire qui dure depuis des lustres et qui a commencé avec la première guerre du Congo, débutée en 1996, au terme de laquelle le président zaïrois Mobutu Sese Seko a été chassé du pouvoir par l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL), soutenue par des Etats étrangers, notamment le Rwanda, Tshisekedi accuse Kagame d'être le parrain du M23. Kigali, de son côté, pointe un doigt accusateur sur Kinshasa, à qui il reproche de soutenir les opposants rwandais, et assure que depuis 1997, le Rwanda a subi une trentaine d'attaques commises par d'anciens soldats des Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR), dont une bonne vingtaine depuis 2018.
Ce serait donc pour se protéger que le pays des Mille collines intervient directement chez son grand mais faible voisin où se trouveraient pas moins de 4000 de ses militaires dans ce qui semble aussi être comme une guerre de rapines pour le contrôle et le commerce de minerais stratégiques comme le coltan, la cassitérite, le cobalt, le diamant et bien d'autres matières précieuses.
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Autant dire que le contentieux est suffisamment lourd et la méfiance suffisamment ancrée entre les deux pour qu'on puisse s'empresser de crier victoire juste parce qu'une déclaration de principe a été signée sous l'égide des Etats-Unis, après que le Qatar a auparavant mâché le travail. Reste maintenant à transformer l'essai pour que la déclaration de principe devienne un véritable accord de paix. Cela d'autant plus qu'une demi-douzaine d'accords de cessez-le-feu avaient été signés auparavant sous l'égide des différentes médiations africaines mais n'ont pas été respectés jusque-là.
Il est vrai que cette fois-ci, la donne a changé avec l'entrée en scène de l'Oncle Sam, et le président Donald Trump, qui est passé maître dans l'autosatisfaction, claironne déjà qu'il y a « une grande nouvelle en provenance d'Afrique... Nous avons accompli un travail sans précédent pour le résoudre et pour le mettre sur la voie de la paix. Restez à l'écoute ! » On est donc tout ouïe, dans l'attente de bonnes nouvelles en provenance de la Maison-Blanche, dont le locataire rêve déjà du prix Nobel de la paix.
Pour lui, en effet, après son implication en matière de pourparlers dans la guerre israélo-palestinienne, dans le conflit russo-ukrainien (avec les résultats qu'on sait pour le moment) et maintenant son engagement dans la région des Grands Lacs, il n'y a pas de raison que ce prix prestigieux ne lui revienne pas en décembre prochain. Si non, ce serait un complot mondial ourdi contre sa personne.
En attendant, une chose est sûre : qu'il s'agisse de Gaza, qu'il veut raser et dont il veut déporter la population pour en faire une riviera du Golf, de l'Ukraine ou de la RDC, il y a une constance dans l'agitation diplomatique du milliardaire new-yorkais. Plus qu'un président, c'est d'abord un homme d'affaires qui cherche et qui voit toujours les opportunités où il met les pieds. Et les Grands Lacs ne devraient pas faire exception à la règle, si ce n'est la principale motivation.
La signature de la déclaration de principe intervient alors qu'un accord, entre la RDC et les Etats-Unis, sur les minerais stratégiques est en cours de négociation. Cet accord vise à permettre aux entreprises américaines d'accéder de manière privilégiée aux ressources minières critiques de la RDC, telles que le cobalt, le coltan et le lithium, en échange d'une assistance sécuritaire pour lutter contre les groupes armés.
En s'impliquant comme il le fait, Donald Trump est d'abord un VRP des sociétés américaines pour le contrôle des minerais stratégiques congolais, et dans ce deal, le Rwanda devrait aussi avoir sa dîme minière. Mais si c'est le prix à payer pour le Congo pour qu'on lui fiche la paix, pourquoi pas ?