Afrique de l'Ouest: Bénin - Le Pays du Vodou serait-il l'épicentre du Djihadisme ?

29 Avril 2025
analyse

A cette question, très peu de responsables ne pouvaient se l'imaginer, tant la situation géographique du pays contraste avec l'aire d'évolution des mouvements djihadistes, qui écumaient la bande sahélo saharienne qui se trouve dans le Nord Bénin, frontalier avec le Burkina Faso et le Niger.  Le phénomène semblait bien lointain.

Et pourtant, les récents développements au Nord du Bénin, notamment dans la zone dénommé « point triple » montre une évolution graduelle de la menace terroriste sous l'effet conjugué de nombreux facteurs géographique, politique que sécuritaire.

28 victimes avaient déjà été dénombrées au début de l'année, au sein de l'armée, dans cette zone frontalière du Burkina et du Niger.

Le bilan aujourd'hui est lourd, très lourd, même si l'on peut discuter sur les chiffres des victimes, le nombre de 54 annoncé à la suite de l'assaut du 17 Avril 2025, qui fait suite à une liste macabre datant de près d'un an, laisse croire qu'il y a un regain de l'insécurité au Bénin. Pis, celle –ci se déplace dans le périmètre qui jouxte les pays de l'AES avec qui le Bénin a quasiment rompu les relations, du moins sur le plan sécuritaire.

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D'ailleurs, hormis le Niger qui avait ouvertement accusé le Bénin d'abriter des forces de déstabilisation de son régime, et qui avait un lourd contentieux au sujet de la mise en service du pipe-line qui devait acheminer le pétrole Nigérien vers le port de Sémé Kpodji, qui à l'époque avait occasionné l'arrestation d'officiels nigériens à Cotonou, la situation vis-à-vis du Burkina aussi n'est pas également au beau fixe ; les rancœurs des péripéties de la CEDEAO sont encore vivaces. L'on se rappelle des positions dures de Patrice Talon avant sa volte-face.

Au plan diplomatique, les lignes ne semblent pas avoir bougé depuis, malgré les efforts consentis par la partie béninoise pour trouver des solutions aptes à permettre le blocage de la progression des groupes terroristes vers son territoire dans son versant nord, où l'avancée des groupes djihadistes se fait du côté de la rive droite du fleuve Niger, c'est-à-dire le parc du W, qui est frontalier au Niger, au Burkina Faso et au Bénin, et la zone de la Pendjari.

En tout cas du côté du Niger, la position des officiels qui n'a pas changé laisse peu de marge pour une gestion commune du fléau, étant entendu que la suspicion de présence de bases militaires française n'a pas à ce jour été levée. Il s'y ajoute que la solidarité entre pays de l'AES jouant, il serait difficilement compréhensible que le Burkina frontalier lui aussi, coopère dans un contexte où eux-mêmes de l'AES s'évertuent, sans succès encore, à éloigner la menace terroriste de leurs frontières.

Le Bénin, il est vrai de par sa position, présente un grand  enjeu pour les groupes terroristes, comme le groupe Etat islamique (EI) et d'Al-Qaïda, actif dans cette zone, en tant que point d'accès aux circuits de ravitaillement de toute sorte (armes, matériel, nourriture, carburant.) du fait de son port, mais aussi, du fait que le pays est « coincé » entre le Nigéria et le Togo voisin du Niger et du Burkina Faso contigus à la bande sahel et eux-mêmes confrontés à la spirale du Djihadisme, dont  les terroristes se  servent comme zone de repli et  qui aurait dû être pour le Bénin une zone tampon par le biais des pays frontières.

Le Bénin qui partage l'espace de l'UEMOA avec ses proches voisins, qui aujourd'hui se retrouvent au sein de la confédération de l'AES, la nouvelle entité qui fait face à la CEDEAO, et à qui aucun accord de coopération ne lie, reste condamné à trouver très rapidement une alternative à cette situation, dès lors que la CEDEAO n'arrive pas à normaliser ses relations avec l'AES.

Terrible équation dira-t-on, entre rester dans la CEDEAO dont on attend des initiatives qui tardent pour aménager un cadre de coopération sécuritaire apte à faire face au péril Djihadiste, et le statu quo vis-à-vis des voisins, avec qui le Bénin partage une même et unique cause sécuritaire dont la solution réside dans la mutualisation des forces et des moyens. Le choix doit être fait, sans tarder.

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