Faut-il croire que le Sénégal, jadis phare de la démocratie en Afrique de l'Ouest, voire de tout le continent noir, est en train de perdre son lustre d'antan ? La question mérite d'être posée, vu qu'après le président poète Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, tous ceux qui ont accédé à la magistrature suprême se sont attelés, chacun à sa manière, à donner des coups de burin au legs démocratique de leurs prédécesseurs.
On se rappelle, en effet, l'opposant historique Abdoulaye Wade, qui a tenté désespérément de propulser son fils Karim Wade à la plus haute fonction du pays. Ce qui avait entraîné des remous aussi bien dans le landerneau politique qu'au sein de son propre parti, le PDS, et abouti à un schisme avec certains de ses cadres, dont Macky Sall. Arrivé au pouvoir, et au terme de deux mandats, ce dernier, usant d'artifices politico-juridiques, voulut s'offrir un troisième mandat indu. Mais mal lui en prit. Au bout de plusieurs mois de manifestations dans tout le pays s'étant soldés par des pertes en vies humaines, des saccages de biens publics et privés, il a dû renoncer à ses prétentions sous les lazzis et quolibets des Sénégalais qui allèrent massivement voter pour l'opposant Bassirou Diomaye Faye contre le candidat de l'APR.
Aujourd'hui, les tenants du pouvoir, Bassirou Diomaye Faye et son tout-puissant Premier ministre Ousmane Sonko, semblent emprunter le même chemin de détricotage de l'Etat de droit au Sénégal. En effet, alors qu'il est connu que la liberté de la presse est la mère de toutes les libertés, le gouvernement sénégalais semble avoir opté de porter des coups de boutoir aux médias, qui ont pourtant favorisé l'arrivée du PASTEF au pouvoir.
C'est ainsi que, par arrêté du 22 avril 2025, le ministre de la Communication sénégalais, Alioune Sall, a ordonné la cessation des activités des médias « non conformes » aux dispositions du Code de la presse. Selon ce document, les médias audiovisuels doivent au préalable avoir une autorisation, un enregistrement pour la presse écrite et une déclaration pour les médias en ligne, entre autres. Toute cette démarche devant se faire sur une plateforme.
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Le hic, c'est que la plateforme à travers laquelle devaient se faire ces enregistrements était hors service depuis février passé. Conséquence : plusieurs rédactions n'ont pas pu accomplir cette formalité administrative. Sur les 639 médias que compte le pays de la Teranga, 380 n'ont donc pas pu s'acquitter de cette obligation. Par conséquent, ils sont jugés « non conformes » et il leur est intimé l'ordre de fermer boutique.
Comme il fallait s'y attendre, aussi bien du monde des professionnels des médias que de celui des organisations de défense des droits de l'Homme, des voix n'ont pas tardé à s'élever contre « cette régularisation au forceps ». Partout, on dénonce une « décision précipitée » et « des délais extrêmement courts ».
Du reste, selon la législation sénégalaise, l'exécutif n'a pas le pouvoir de suspendre ou de fermer un média. Cette prérogative relève, selon le Code de la presse en vigueur, du gouverneur, du préfet, du sous-préfet ou du juge selon des circonstances bien précises.
A quelques jours de la Journée mondiale de la liberté de la presse, prévue le 3 mai, faut-il croire que le gouvernement de Diomaye Faye entend s'inscrire dans une logique de bras de fer avec les médias, pourtant l'un de ses principaux alliés lorsqu'il était dans l'opposition et tout ce que cela lui a valu comme tracas et acharnement politico-juridique ?
On espère que le ministre de la Communication saura entendre raison en donnant un moratoire aux médias qui n'ont pas pu se mettre à jour du fait des délais.
