Madagascar: Quel état d'esprit vis-à-vis des droits de douane américains?

Les 100 jours de Donald Trump à la Maison Blanche n'ont pas été de tout repos pour Madagascar. Des droits de douane de 47 % avaient été annoncés le 9 avril par le président américain pour les produits malgaches exportés vers Washington, soit le plus élevé du continent africain juste après le Lesotho (50 %). Les taxes douanières ont finalement été suspendues jusqu'au 9 juillet 2025. Sur la Grande Île, on veut croire en une révision à la baisse de ces droits de douane. Mais les professionnels se préparent à la secousse redoutée dans l'industrie textile et la filière vanille.

« Nous gardons espoir d'une recherche d'intérêts mutuels », confie à RFI, David Ralambofiringa, ministre malgache de l'Industrie et du Commerce. « Madagascar est un partenaire potentiel important dans de nombreux domaines », avance encore le responsable.

Les autorités comptent notamment sur le secteur minier comme levier de pression en vue d'une révision au moins partielle de la décision américaine. Mais devant la politique imprévisible de Washington, les professionnels des secteurs les plus exposés font preuve de réalisme.

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Même si le taux annoncé venait à être révisé à la baisse, la filière vanille est déjà fragilisée par une chute des revenus d'exportation de l'épice. Le risque est d'aggraver cette tendance et de voir les avantages de Madagascar grignoter sur le marché américain par des pays exportateurs taxés dans un moindre mesure, comme l'Ouganda ou l'Indonésie [respectivement taxés à hauteur de 10 et 32% selon les droits de douane initialement annoncés par Washington].

À terme, Madagascar pourrait voir ses concurrents nouer des relations commerciales durables avec les États-Unis.

Des craintes allant de la crise de l'emploi à l'inflation

Pour ce qui est du secteur textile, dont 40% des exportations étaient destinées aux États-Unis en 2023, en cas de statu quo, 50 000 emplois a minima sont menacés. Un tel scénario fait craindre une crise de l'emploi en zone urbaine.

Au-delà des impacts sectoriels directs, « avec de telles échelles de grandeur, on ne peut que redouter des effets en chaîne », s'alarme un économiste spécialisé dans les économies émergentes. Une baisse des exportations impliquera une dépréciation de l'ariary, la monnaie nationale, ce qui risque de relancer l'inflation, et ainsi faire grimper le prix de l'essence et du riz.

Autre inquiétude dans un contexte déjà marqué par la réduction de l'aide internationale : que Madagascar perde la confiance des bailleurs de fonds, en cas de durcissement de l'appréciation portée par le FMI sur la soutenabilité de sa dette, justifié par la dégradation des paramètres fondamentaux de son économie.

Dans l'attente du positionnement définitif de Washington, « une série de clignotants rouge s'est allumée » au sein de l'économie malgache, résume ce spécialiste.

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