Congo-Kinshasa: Tshisekedi/Kabila - La guerre dans la guerre

Les rivalités entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, dépeintes dans nos colonnes il y a une quinzaine de jours comme "la crise dans la crise en RDC", se sont aggravées. Après les perquisitions des résidences congolaises de l'ancien président, à la mi-avril, une procédure judiciaire est désormais ouverte contre lui, tandis que son parti, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) est suspendu sur toute l'étendue du territoire.

Joseph Kabila, ancien allié de son successeur, nommé sénateur honoraire à vie, est aujourd'hui accusé et poursuivi pour " trahison, crimes de guerre, crimes contre l'humanité et participation à un mouvement insurrectionnel". Une procédure de levée de son immunité parlementaire est engagée et plusieurs décrets ministériels ont été pris, pour non seulement suspendre le PPRD de toute activité partout en RDC, pis encore, pour limiter les déplacements des cadres de ce parti et d'autres proches de Joseph Kabila ; geler leurs comptes bancaires ; mettre certains de leurs biens sous scellé.

Tout est donc allé très vite en début de semaine avec les ministres de la Justice, de l'Intérieur et de la Défense à la manoeuvre contre l'ancien président, aujourd'hui exilé au Zimbabwe. Les autorités de Kinshasa sont donc à l'offensive et veulent aller très vite dans cette guerre contre leur allié d'hier, et tout indique que Félix Tshisekedi veut sévir contre Joseph Kabila pour l'anéantir politiquement.

C'est du moins ce que subodorent certains analystes apportant de l'eau au moulin du PPRD qui parle "d'instrumentalisation de la justice, d'abus de pouvoir, de musèlement de l'opposition", bouc émissaire des déboires du pouvoir, incapable de réduire la rébellion à l'est du pays.

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Faux, rétorquent les autorités congolaises qui affirment par la voix du ministre de la Justice, Garde des sceaux :« La justice a rassemblé un maximum de preuves tangibles et irréfragables qui étayent l'implication claire du sénateur à vie Joseph Kabila Kabange dans les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, les massacres des paisibles citoyens, civils et militaires en ce moment dans la partie est du pays. Nous invitons l'ancien chef d'État à venir affronter la justice congolaise »,

Entre le pouvoir congolais et les soutiens de l'exilé d'Harare qui dit vrai ? Qui fait dans l'intox ? Une chose est sûre, la sévérité des décisions prises contre Kabila, son parti et certains de ses proches confirme que la crise, consécutive à la rupture de leur alliance dérive en guerre politique ouverte. Joseph Kabila et ses partisans auront donné des verges au pouvoir Tshisekedi pour les flageller.

On se souvient que l'ancien président s'est montré particulièrement prolixe et critique à la limite de la fanfaronnade contre son successeur en début 2025. Le 8 avril dernier, dans une de ses déclarations tonitruantes, il annonçait son retour prochain à Kinshasa, en passant par Goma, désormais contrôlée par le M23 et ses nouveaux alliés de l'Alliance du fleuve Congo (AFC).

Pour le gouvernement congolais, c'était la provocation de trop et la preuve évidente que Joseph Kabila est le patron de l'AFC d'autan plus que le coordonnateur de ce nouveau mouvement rebelle, Camille Nanga, est l'un de ses proches. Par ailleurs, l'ancien président ne cache pas ses relations ''sans animosité" avec Paul Kagamé dont on connaît les accointances avec la rébellion du M23.

Cette guerre dans la guerre fait rage alors que des négociations ont cours actuellement à Doha, sans oublier les initiatives américaines pour une paix durable en RDC. Faut-il alors ouvrir des négociations dans les négociations afin que Félix Tshisekedi et Joseph Kabila se donnent la main pour l'intérêt supérieur de leur pays, de la région et du continent ? On attend de voir !

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