Au fur et à mesure que l’on s’approche de la date du 25 novembre 2025, retenue par le président Emballo pour l’élection présidentielle en Guinée-Bissau, contre d’une part l’avis de la Cour suprême qui disposait que le 4 septembre est le terme coïncidant avec la date de validation de l’élection de 2019, et d’autre part celui de l’opposition, pour qui le mandat est terminé depuis le 27 février, on affûte les stratégies de part et d’autre de la classe politique.
La question principale porte moins aujourd’hui sur la candidature de Umaro Sissoko Emballo à un second mandat que sur le terme de son mandat, voire la computation de sa durée. Il est vrai que de son propre chef, il avait annoncé qu’il ne se présenterait pas, on s’en souvient, avant de se raviser. On ne peut lui faire grief, juridiquement du moins, car la loi en vigueur dans son pays lui en donne le droit.
Mais là où il semble que l’opposition et une partie de la société civile se trouvent intransigeantes, à tort ou à raison, c’est sur la prolongation d’office de la durée du mandat, sous prétexte que le décompte de cette dernière démarre le jour de la prestation de serment et non celui de l’élection (ou de la proclamation des résultats). Emballo a su surfer sur cette interprétation tendancieuse pour décider de rester jusqu’à l’investiture de son successeur.
Bref, si l’on considère ce débat sur la fin du mandat comme superfétatoire, il pose un véritable enjeu de délai, au regard du protocole additionnel de la CEDEAO, qui fixe le délai de 6 mois avant la tenue de l’élection où, toute révision des lois électorales est interdite, sauf lorsqu’il y a un consensus entre les acteurs politiques.
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Or, on est pile poil dans le délai de 6 mois et rien ne bouge encore, notamment en ce qui concerne le processus électoral particulièrement, avec la dissolution de la Cour suprême, le blocage de l’élection du Président de la commission électorale indépendante, sans oublier la révision des listes électorales. Manifestement, on se retrouve dans la même situation qu’à la veille de l’élection de février, comme initialement prévu et reporté.
Pendant ce temps, des manœuvres sont conduites du côté du pouvoir avec un Umaro Sissoko, qui est très mobile diplomatiquement parlant, serrant des mains à gauche et à droite dans plusieurs capitales, après s’être mis à dos la CEDEAO. On le voit sur presque toutes les plateformes des réseaux sociaux, tandis que son opposition, qui pour une fois semble très unie pour venir à bout de son régime, s’est donné rendez-vous ce 27 avril 2025 à Paris.
Ce fait n’est pas anodin, car Emballo s’est toujours servi de leurs divisions pour passer. Mais aussi, les partis de l’opposition ont retenu la leçon des dernières législatives, où ils ont eu la majorité devant le camp Emballo, ce qui sans conteste est un enseignement à mettre sur le compte de cette nouvelle dynamique.
Les deux coalitions de l'opposition majoritaire en Guinée-Bissau API-CG (Alliance pour la paix et l'intégrité) dirigée par Nuno Gomez Nabiam et PAI-Terra Ranka, de Domingos Simoes Preira en exil à Paris, ont en effet co-signé un accord qui sera certainement un tournant majeur dans la perspective des élections générales prochaines. C’est vrai que ces deux grandes coalitions ont l’avantage de réunir autour de leur accord quatre (4) anciens premiers ministres, Nuno Nabiam, Domingos Simoes Preira, Bassirou Dja et Aristide Gomes, en partageant le même diagnostic sur leur pays.
S’ils arrivent à taire leurs querelles de préséance, leurs ambitions personnelles, et à rester sourds aux discours de leurs partisans, il y a de fortes chances que le président Emballo soit dans de grosses difficultés devant ses adversaires. Sauront-ils consolider ce début d’alliance ?
Là se trouve la question, d’autant plus que le temps ne joue pas en leur faveur au regard des délais du processus électoral qui, faute de tenir, risqueront certainement d’être raccourcis pour ne pas aller au-delà de la date de novembre. On l’a vue ailleurs. D’ici là, il faut régler la question du candidat unique ou du nombre de candidats au sein de cette coalition, de la gestion et de la supervision du processus électoral et de la gestion du pouvoir.
Vaste chantier qu’il faut boucler dans les 6 prochains mois, sauf surprise de dernière minute, dont seul Emballo a le secret.