Ile Maurice: La SIC coupe les vivres, la colère monte

Un véritable séisme secoue l'univers des casinos publics. La State Investment Corporation (SIC) a annoncé qu'elle mettait fin à ses emprunts pour financer les établissements de jeux.

Une décision de la direction de la State Investment Corporation (SIC) fait l'effet d'une bombe parmi les quelque 600 employés concernés. Désormais, les casinos devront se débrouiller pour régler salaires, taxes et autres dépenses de fin de mois. Une autonomie imposée, alors que les finances des casinos sont déjà dans le rouge. Dans un communiqué interne, la direction de la SIC justifie ce désengagement : «À partir de maintenant, les casinos devront assurer eux-mêmes le paiement de la taxe sur les jeux, des salaires et autres dépenses de fin de mois. Malgré les injections massives de fonds, chaque mois et les efforts de gestion, la montée en flèche des coûts liés au personnel et à d'autres charges a empêché toute amélioration des performances.» Un appel est donc lancé à l'ensemble des managers pour motiver le personnel à «travailler en équipe» afin de redresser la barre.

Mais du côté syndical, cette annonce est loin de passer. Jayen Moorghen, président de la Casino Employees Union (CEU), monte au créneau : «C'est une menace à peine voilée. La SIC ne peut pas se désengager du jour au lendemain comme ça. Il y a tout un processus légal à suivre. Si on creuse un peu, on voit bien que l'idée de privatisation est en toile de fond. Pour couronner le tout, on place à la tête de l'entreprise des personnes qui, un, ne sont pas des administrateurs, et deux, ne connaissent rien à l'univers des casinos, qui a pourtant ses spécificités.» Selon lui, le naufrage est inévitable si rien ne change. «On tarde à nommer un bon administrateur. Pour moi, on court à la disparition des casinos publics. Ce serait un désastre politique. Et côté personnel, on risque d'assister à des licenciements déguisés. Même le projet de départ volontaire (early retirement scheme) a été un échec.»

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Ashvin Gudday, négociateur de la CEU, qui est affilié à la General Workers Union, enfonce le clou : «On a appris cette décision comme une douche froide, surtout à la veille du Budget. C'est un très mauvais signal. Cela crée de l'angoisse et de l'incertitude pour des centaines de familles. Tout le monde sait que si les caisses des casinos sont vides, c'est à cause du mismanagement, du manque de leadership et des ingérences politiques répétées, comme l'a dit Jayen Moorghen.» Et de poser la question qui fâche : «Est-ce une tentative de privatisation ? Un coup de poker ? En tout cas, si c'est le cas, nous ne resterons pas les bras croisés.»

Les syndicats dénoncent également des conditions de travail difficiles : souseffectifs chroniques, promotions floues, problèmes d'uniformes, sans parler des licenciements contestés. «Les travailleurs font tourner la boutique jour et nuit, ils remplissent les caisses et paient des taxes. Et aujourd'hui, on les menace avec la précarité ? C'est inadmissible.» Aux côtés de son acolyte, le négociateur Sharvin Sunasse, le syndicaliste compte mobiliser et déployer des «initiatives pour faire reculer les décideurs qui compromettent l'avenir de centaines de pères et de mères de familles.»

Face à cette situation, la CEU réclame la nomination urgente d'un bon administrateur. «Ainsi qu'une révision de la taxe sur les jeux, des investissements dans les équipements et les machines. Pourquoi ne pas penser à l'ouverture d'un nouveau casino, notamment à Flacq. Et surtout, plus de discipline et de rigueur dans la gestion», soutient le président de la CEU. «Il est temps que ceux qui profitent du système, comme certains colleurs d'affiches qui ne font rien mais touchent des salaires confortables, soient mis au pas. Nous, on ne va pas se laisser faire. On va manifester, faire entendre notre voix. Les responsables doivent assumer leurs décisions !» martèle Jayen Moorghen.

Ashvin Gudday le soutient d'un ton ferme. «Nous demandons la mise en place d'un Fiscal Responsibility Bill pour que les comptes soient rendus et que la transparence soit enfin de mise dans le secteur. La CEU ne laissera pas les travailleurs payer pour les fautes de gestion des autres. On résistera. Et là, on ne bluffe pas.» Sollicité pour une réaction, le ministère des Finances - sous l'égide duquel se trouve la SIC -, n'a pas encore donné suite à notre demande.

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