Depuis 1995, année de la première élection présidentielle après le décès du père de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993, il y a comme un mauvais djinn (1) dans ce pays. Tant, depuis cette période-là, les scrutins majeurs se suivent et se ressemblent : dans la cohue totale, souvent émaillée de mort d'hommes, comme les hécatombes enregistrées lors de la crise postélectorale de 2010-2011.
Quand ce n'est pas la question de la nationalité qui divise, c'est celle de la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) qui clive.
A quelque cinq mois de la prochaine présidentielle, prévue pour octobre, la question n'est plus de savoir si 2025 fera exception à cette série noire, mais plutôt dans quel état la nation ivoirienne ressortira d'un processus électoral fort redouté.
Et ce sont encore les mêmes, aux ambitions aussi débordantes que mortifères, qui menacent de faire exploser la cocotte-minute.
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D'un côté, le président sortant, Alassane Ouattara, dont la quatrième candidature en vue ne passe toujours pas aux yeux de ses détracteurs, et de l'autre cette coalition hétéroclite et circonstancielle d'opposants déterminés à sacrifier la stabilité du pays sur l'autel de leurs aspirations personnelles.
Parmi ces derniers, il y a l'ancien chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, son âme damnée d'hier, Charles Blé Goudé, et le proscrit d'Abidjan Guillaume Soro qui ne démord pas de son rêve d'un grand soir depuis sa disgrâce.
Même si leur disqualification de la course à la magistrature suprême ne faisait l'ombre d'aucun doute en raison de leur déchéance de leurs droits civiques suite à des condamnations judiciaires, ce trio de chaudronniers politiques entend prendre le scrutin en otage si jamais ils n'y sont pas personnellement parties prenantes.
Leurs menaces font, peu ou prou, écho à l'opiniâtreté de Tidjane Thiam à être le candidat du PDCI/RDA au vote à venir. Mais on ne voit pas comment l'ancien patron du Crédit suisse pourrait faire prospérer sa cause.
En effet, en plus d'être radié de la liste électorale pour s'être prévalu d'une autre nationalité, en l'occurrence française depuis 1987, alors que la Constitution impose à tout candidat d'être « exclusivement de nationalité ivoirienne », le premier Ivoirien pensionnaire de Polytechnique de France a aussi fort à faire à l'intérieur de son propre parti.
A l'interne, son élection à la tête du PDCI/RDA en 2023, à l'issue d'un congrès extraordinaire tenu à Yamoussoukro, est depuis longtemps remise en cause. Et l'affaire est actuellement pendante en justice suite à la plainte d'un groupe de cadres de son phalanstère politique pour non-conformité aux textes.
En cause ici : encore et toujours la citoyenneté hexagonale dont il s'était drapé avant d'y renoncer en mars 2025. Or, l'article 41 du Règlement intérieur du parti précise : « Le candidat à la présidence du PDCI/RDA doit être Ivoirien ».
De guerre judiciaire lasse, Tidjane Thiam a fini par jeter l'éponge d'une de ses deux batailles politico-judiciaires.
En effet, depuis hier lundi 12 mai 2025, il a rendu sa démission de son poste du PDCI/RDA « pour l'intérêt du parti » et au regard du « harcèlement judiciaire », a-t-il précisé lors d'une intervention publiée dans les réseaux sociaux.
Maintenant que l'ancien ministre du Plan et du Développement sous Henri Konan Bédié a lâché le gouvernail, est-il encore à même de conduire le navire dans l'espoir d'accoster au Palais de Cocody ?
La question reste posée d'autant plus que réuni hier lundi, le bureau politique a décidé de la convocation d'un congrès extraordinaire demain mercredi 14 mai pour désigner le prochain occupant du poste vacant à la tête du parti. Ce dernier portera-t-il le maillot du PDCI /RDA à la prochaine présidentielle ? Encore une autre question, à moins que Tidjane Thiam ne décide de rebeloter.
Et qui sait si, par sagesse ou par contrainte interne et pour « l'intérêt du parti », le célèbre banquier n'ira pas à l'école du PASTEF, dont le président, Ousmane Sonko, frappé d'inéligibilité lors de la dernière présidentielle sénégalaise, s'est éclipsé au profit de son lieutenant, Bassirou Diomaye Faye ?
Bonne pioche ! Une tactique qui pourrait inspirer bien des leaders de partis, même si les contextes politiques ne sont pas toujours les mêmes.
(1) Démon ou génie malfaisant, selon certaines croyances africaines et musulmanes