Afrique: The Conversation Africa a dix ans - L'histoire d'un nouveau média porté par la générosité

analyse

Partir de zéro est aussi intimidant qu'exaltant. On sent le coeur s'emballer, l'adrénaline monter, et l'excitation d'un départ qui ne ressemble à aucun autre. Dix ans après le lancement de The Conversation Africa, je ressens encore ces émotions intenses, comme si c'était hier.

Ce jour où notre premier article a été publié, où notre newsletter a pris son envol. Grâce à un logiciel ingénieux, nous pouvions suivre en temps réel les ouvertures d'e-mails dans des villes d'Afrique du Sud, du Kenya, du Nigeria, du Ghana, du Sénégal, du Malawi, du Zimbabwe, mais aussi aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Inde, en France, au Japon et en Australie.

Nous étions en ligne. Les gens nous lisaient. Nous avions lancé notre projet et il n'était plus question de reculer.

C'est une petite équipe qui a célébré ce moment : neuf d'entre nous dans un bureau à Johannesburg, plus deux collègues de TC Australie qui avaient fait le déplacement pour venir nous montrer les ficelles du métier. Notre promesse de départ était claire : "collaborer avec des universitaires d'Afrique et d'ailleurs pour partager leur expertise éclairée avec un public mondial".

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Dix ans après, ce pari est tenu. Depuis ce bureau de Johannesburg, nous avons ouvert des antennes au Kenya, au Nigeria, au Ghana et au Sénégal. Nous avons publié 11 775 articles, rédigés par 7 540 chercheurs, cumulant plus de 180 millions de lectures, relayés par 935 médias partenaires. Ce modèle fonctionne grâce à la générosité de donateurs, d'universités, d'universitaires et de lecteurs. Et parce que nous offrons des informations fiables, fondées sur des données probantes.

Avec le recul, l'idée pouvait sembler folle. Les effets de la crise financière de 2008 se faisaient encore sentir: finances publiques sous pression, croissance atone. Les médias traditionnels naviguaient en eaux troubles, entre fermetures et restrictions.

Deux éléments ont fait la différence. D'abord, le concept de The Conversation : une alliance inédite, à grande échelle, entre chercheurs et journalistes. Les premiers rédigent, les seconds éditent.

Deux éléments ont fait pencher la balance en faveur de cette initiative, c'est que The Conversation offrait la possibilité de construire, à grande échelle, un partenariat entre universitaires et journalistes, fondé sur le principe simple que les chercheurs seraient les auteurs et les journalistes les éditeurs.

Deuxièmement, le modèle avait déjà fait ses preuves. Quatre ans avant notre lancement, The Conversation Australia (la maison mère) voyait le jour, suivie par les éditions britannique et américaine. La voie était tracée.

Les trois premières éditions (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) ont connu un succès retentissant. Pourquoi pas en Afrique ? L'idée était aussi simple que puissante : s'inspirer ce cette recette gagnante en puisant dans l'immense réservoir de la recherche académique et associer ces savoirs à l'expertise de journalistes-éditeurs.

Les universitaires, enthousiastes à l'idée de partager leurs travaux - sans rémunération - , ont répondu présent. Les journalistes, soucieux de mettre leur plume au service de la rigueur scientifique se sont aussi engagés. Quant aux médias, ils se sont rués sur nos articles, libres de droits sous licence Creative Commons.

La vision était claire. Mais le passage à l'acte ? Bien plus complexe.

Le nerf de la guerre, c'était l'argent. Ailleurs, si les universités avaient été le pilier des premières éditions, en Afrique les budgets sont serrés. Impossible de compter sur elles seules. La solution ? Il a donc fallu explorer deux pistes : Convaincre des donateurs engagés dans l'enseignement supérieur, sensibles à notre mission. Solliciter les universités pour un soutien matériel en nous offrant des locaux gratuits.

Ces deux stratégies ont porté leurs fruits. Nous avons réussi à réunir les fonds nécessaires pour faire vivre une petite équipe installée dans des bureaux offerts par l'Université du Witwatersrand.

Restait un autre défi : incarner pleinement le nom, The Conversation Africa. Un bureau à Johannesburg ne suffisait donc pas. Il fallait étendre notre présence sur le continent. En 2017, nous avons ouvert un premier poste au Kenya, hébergé par l'African Population and Health Research Center. Deux ans plus tard, ce fut au tour du Nigeria (dans les locaux de l'Academy of Sciences) et du Ghana. Enfin, en 2023, The Conversation Afrique voyait le jour à Dakar avec une équipe de deux personnes, bouclant ainsi la boucle.

Le secret de notre succès ? Une chaîne ininterrompue de générosité. Celle de nos équipes, qui portent ce projet avec passion. Celle de nos donateurs et des universités. Celle des chercheurs, qui offrent bénévolement leur expertise tout en acceptant avec bienveillance notre rigueur éditoriale.

Et enfin, la vôtre, chers lecteurs, vous qui nous soutenez chaque jour, en lisant, en partageant, en faisant vivre nos articles bien au-delà de nos espérances. Merci.

Ces dix années ont été remarquables et profondément gratifiantes. Aujourd'hui, The Conversation Africa s'impose comme un gage de fiabilité, denrée rare à l'ère des fake news. Restez à nos côtés. L'aventure ne fait que commencer.

Aliou Niane, Commissioning Editor Francophone Africa

Assane Diagne, Francophone Editor, The Conversation

Candice Bailey, Strategic Initiatives Editor

Caroline Southey, Founding Editor

Jabulani Sikhakhane, Editor, The Conversation Africa

Lyrr Thurston, Copy Editor

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