Cote d'Ivoire: Tidjane Thiam et/ou le Maitre du Jeu ?

14 Mai 2025
analyse

Bien malin est celui qui pense que les dés sont jetés, et que la page de Thiam serait tournée, suite à la décision de justice ordonnant sa radiation des listes électorales et par conséquent de celle des candidats à la présidentielle d'octobre 2025.

Au regard de l'évolution des choses depuis le weekend du 10-11 mai 2025, il est plus que certain que le PDCI-RDA d'abord, puis Tidjane Thiam ensuite, ont décidé d'abattre doublement leurs dernières cartes.

Le PDCI traversé par une crise, qui a été installée de fait par la désignation de Tidjane Thiam par le camp des héritiers d'Houphouët-Boigny pour lui succéder, au détriment des « légitimistes » qui fondent leur prétention à diriger le PDCI sur leur passé militant et comptant sur les militants avec qui ils ont cheminé pendant que Thiam était absent du pays, n'est pas sorti de la zone de turbulence.

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Il est vrai que le nombre exponentiel de recours intentés contre sa candidature, à la tête du PDCI, depuis son investiture devant Jean-Louis Billon contraint de retirer sa candidature, a constitué un premier écueil qu'il a fallu surmonter, quoique cela ait laissé des séquelles dans la maison PDCI. Que Tidjane Thiam décide ce week-end de quitter la tête du PDCI, malgré l'onction d'une écrasante majorité de son parti et de ses dignitaires, ne doit pas être interprété comme, pour parler trivialement, « un jet de l'éponge ».

Ce serait une énorme erreur de croire que le candidat déclaré du PDCI, lassé par toutes ces polémiques sur sa nationalité ivoirienne et sur sa légitimité à diriger le PDCI, veuille renoncer définitivement à sa candidature sans « combattre ». D'ailleurs, lorsque les médias lui ont demandé s'il avait un plan B sa réponse fut sans équivoque. Il n'y avait pas de plan B ni de plan C.

Par conséquent, la décision immédiate prise par le PDCI d'organiser un congrès extraordinaire, près de 72 heures après l'annonce de Tidjane Thiam de sa démission de la présidence du PDCI, laisse croire, selon plusieurs observateurs, que « le fameux Plan B » était bien préparé, pour qui connait « la machine » du PDCI sur l'ensemble du territoire national.

Cette réponse hautement politique « jette un pavé dans la mare » du RHDP, jusque-là maître du jeu, dont le chef cumule le poste avec celui de chef de l'État, et qui reste muet sur sa candidature, qui officiellement sera déclarée le 21juin , date du congrès du RHDP ou de ce qui en restera après. Le syndrome de l'annonce « tardive » qui a valu à Macky Sall, ancien président du Sénégal et ami de Ouattara, la défaite cuisante de son camp, est là pour rappeler qu'entre Juin et Octobre le RHDP aura très peu de marge pour mobiliser son électorat.

En revanche, saisissant la balle au rebond, le Congrès du PDCI de ce mercredi 14 Mai, très attendu, tranchera la question de la candidature, mais va aussi tracer une perspective qui, sans doute, sera orientée vers la construction d'un vaste rassemblement, un Plan B « anti-Ouattara » ou de son candidat, pour peser de tout son poids sur le processus électoral, malgré le boycott des partis d'opposition de la Commission Electorale Indépendante.

En effet, ce semblant de dilatoire de Ouattara, dont il n'est pas exclu qu'il renonce à se présenter, peut être perçu comme une période d'observation des dynamiques de l'opposition, qui, jusqu'à présent, malgré la mise en place du CAP-CI reste encore évasive sur une éventuelle alliance électorale dont, il faut le dire, Laurent Gbagbo n'est pas jusqu'à présent membre.

Tidjane Thiam et le PDCI aussi, et c'est de bonne guerre, vont jouer sur les dissensions avérées ou supposées entre les membres du RHDP et les anciens du RDR, l'ancien parti de Ouattara, qui avait fusionné avec le PDCI et les Houphouëtistes avant la dissidence de Henri Konan Bédié et ses partisans. Tidjane Thiam devrait-il rester pour l'instant en embuscade derrière le prochain candidat du PDCI, pour le pousser à la victoire, tout en préparant les prochaines législatives, moyen essentiel pour prendre le contrôle du parti ? Rien n'est moins sûr.

En optant pour ce cas de figure à la sénégalaise, Tidjane Thiam fait un pari risqué pour le contrôle du parti, seul ou en coalition, dans la perspective d'une recomposition de l'espace politique qui, fatalement, s'imposera.

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