Des dirigeants africains étaient réunis jusqu'à hier, mercredi 14 mai, à Lomé au Togo. Chefs d'État et de gouvernement, ministres des Finances et experts rassemblés pour évoquer la question de la dette publique des pays du continent. Face à la menace que fait planer le surendettement pour les économies africaines, les participants ont plaidé dans leur déclaration finale pour des annulations de dette au cas par cas et pour une meilleure architecture financière internationale.
Les dirigeants africains partent d'un constat, écrit notre correspondant à Lomé, Peter Sassou Dogbé, la dette publique en Afrique a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Alors il faut « changer de paradigme » écrivent-ils dans la déclaration de Lomé. La situation appelle à une intervention urgente. Pour sortir du piège de la dette, les chefs d'État et de gouvernement préconisent d'agir sur plusieurs fronts.
Réformes structurelles
D'abord par des réformes structurelles notamment celles des institutions nationales, qui doivent être conduites par les pays eux-mêmes. Pour cela, il est impératif de lutter contre les flux financiers illicites. Des pertes estimées à près de 90 milliards de dollars chaque année. Ensuite, il faut davantage de coopération internationale..
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Et les Africains doivent « parler d'une seule voix » pour contribuer à réformer « l'architecture financière mondiale » vers un système plus représentatif et inclusif. C'était le souhait du ministre togolais des Finances, Georges Essowè Barcola à la fin de la conférence. Enfin, les participants affirment leur engagement à plaider en faveur de l'annulation de la dette au cas par cas, en tenant compte de l'incapacité de certains pays à honorer le service de leur dette. Une réunion est prévue d'ici 2026 pour évaluer le chemin parcouru.
À Lomé, des opposants interpellent le gouvernement sur la dette du pays La dette des pays africains augmente, vingt-cinq pays se trouvent en situation de détresse liée à leur dette ou face à un haut risque de surendettement d'après le FMI et la Banque mondiale. A Lomé, des opposants ont saisi l'occasion de rendez-vous pour interpeller les autorités togolaises sur ce sujet et demander des comptes.
« Qu'est ce que le régime togolais de Faure Gnassingbé a fait de la dette ? », une question posée par le front Touche pas à ma Constitution. « Où va l'argent emprunté », s'interroge-t-il, au cours des vingt dernières années ? Nathaniel Olympio est son porte-parole : « Le Togo court vers la faillite. La dette augmente de façon vertigineuse, il n'y a pas de contrepartie de réalisation : pas de nouvelle route, pas d'université nouvelle, pas d'hôpital, etc. Et donc, l'intérêt c'est de répondre à la préoccupation des Togolais. Qu'est-ce qu'on a fait avec l'argent emprunté. Malheureusement on n'entend pas souvent les officiels parler de cela. »
La dette actuelle du pays avoisine les 70% du PIB, estime le Front. Pour l'économiste Kako Nubukpo, le Togo n'est pas un cas spécifique. L'ancien ministre togolais de la Prospective et ex-commissaire de l'UEMOA relève d'un problème structurel, commun aux pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine : «La base productive est relativement étroite par rapport à la forte demande sociale. Du coup la croissance économique ne permet pas d'avoir les recettes fiscales pour faire face à la hausse constante des dépenses publiques, ce qui fait que de manière systématique nous avons une hausse du déficit budgétaire qui deviennent de la dette additionnelle. »
L'économiste appelle les bailleurs à mettre en place un mécanisme de restructuration de la dette pour que les recettes ne partent pas seulement dans les remboursements.
