Cote d'Ivoire: Congrès extraordinaire du PDCI - Pour Thiam, le tout n'est pas de se faire réélire

analyse

C'est ce qu'on pourrait appeler l'art de rendre le tablier pour mieux l'endosser. Lundi passé, Tidjane Thiam, dans une vidéo, annonçait sa démission de la présidence du PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain). Il tirait argument de ce qu'il était victime d'un acharnement judiciaire, notamment de la part de Valérie Yapo.

En effet, cette militante du PDCI-RDA avait introduit une requête demandant l'invalidation du statut de président du parti de Tidjane Thiam pour double-nationalité au moment où il prenait la tête du plus vieux parti de Côte d'Ivoire, en décembre 2023. A l'époque, il n'avait pas en effet renoncé à la nationalité française. Le dossier dont le délibéré était prévu hier a finalement été reporté au 22 mai prochain.

Et voilà que deux jours seulement après sa démission, un congrès extraordinaire est organisé par plusieurs délégations départementales, communales ainsi que par la diaspora pour réélire l'ancien président à un score stalinien de 99,77%, avec cette fois-ci, la nationalité pleine, entière et exclusive. Visiblement, c'est pour couper l'herbe sous les pieds de madame Yapo et de la justice ivoirienne que cette remise en selle a été orchestrée.

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Pour autant, il n'est pas sorti de l'auberge espagnole... pardon ... PDCI, car pour être tenace, dame Yapo l'est. On la jette par la fenêtre et elle revient par la cheminée. Et pour preuve, loin de désarmer, elle estime que la démission est illégale et qu'il ne revenait pas au démissionnaire de nommer un intérimaire. Selon la plaignante, la démission de M. Tidjane Thiam ne respecterait pas les procédures prévues par les textes du parti et qu'il reste de fait à la tête de la formation politique.

Elle affirme également que la nomination d'un président intérimaire, rapidement devenu président délégué, n'est pas prévue dans les statuts actuels. Et d'ajouter qu'en cas de démission, l'ensemble des personnes nommées devraient également quitter leurs fonctions et le bureau politique devrait ensuite désigner le doyen d'âge pour assurer l'intérim, comme le prévoient les textes.

La bataille qui oppose Yapo à Thiam n'est donc pas terminée et bien malin qui pourrait en prédire l'issue. Au demeurant, on peut bien se demander à quoi ça lui servirait de tenir le parti si ses ambitions présidentielles restent contrariées. Car, c'était bien pour cet objectif ultime qu'il avait pris la tête du PDCI-RDA. Et à supposer que dans l'affaire intra-PDCI il sorte définitivement gagnant, le problème reste entier, lui qui a été radié de la liste électorale pour avoir perdu la nationalité ivoirienne quand il a acquis celle française en 1987.

Certes, les listes définitives n'ont pas été jusque-là rendues publiques mais on voit mal comment il pourrait passer outre cet écueil que seul un dialogue politique pourrait régler. Or, sûr de leur fait et de leur force, les puissants du RDHP (coalition de partis au pouvoir) ne veulent pas en entendre parler. Le PDCI ne gagnerait-il pas plus à proposer une autre candidature au lieu de s'embarrasser dans des guerres picrocholines ? De ce point de vue, Tidjane Thiam, qui préside aux destinées du PDCI, gagnerait à adopter une vraie stature d'homme de consensus en optant pour un choix douloureux plutôt que de jouer à César ou Rien.

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