Chaos financier. Désordre dans la vente des terres. Rose-Belle Sugar Estate est un désastre dont l'ampleur a été détaillée le mardi 13 mai au Parlement. Arvin Boolell, ministre de l'Agro-industrie, a déclaré son intention de référer le dossier pour enquête à la Financial Crimes Commission, tout en annonçant qu'il y aura un plan de redressement drastique. En attendant, retour sur l'histoire tourmentée de ce qui devait être un fleuron de l'État.
Le premier sauvetage
Combien de fois l'État devra-t-il sauver Rose-Belle Sugar Estate ? Le plan de redressement annoncé par Arvin Boolell, ministre de l'Agro-industrie, mardi au Parlement, ne sera pas le premier de l'histoire de cet établissement sucrier. L'usine - qui porte le nom du village où elle était installée - a été construite en 1855 par G. Rochery. Nous sommes 20 ans après l'abolition de l'esclavage, en 1835.
Le volume 2 du rapport de la Commission justice et vérité, intitulé Land reform - Legal and administrative aspects, signale qu'entre 1851 et 1860, il y avait 260 usines sucrières à Maurice. Un chiffre qui grimpe à 303 usines entre 1861 et 1870.
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Ce domaine sucrier s'agrandit en achetant des propriétés voisines. Trois ans après sa construction, en 1858, Rose-Belle Sugar Estate absorbe la propriété de Hangar. Vingtsix ans plus tard, en 1884, c'est la fusion avec les propriétés de Mare-d'Albert et New-Grove.
L'année suivante, en 1885, elle achète Astroea. Après un an, elle s'agrandit encore avec l'acquisition de Cluny en 1886, puis Eau-Bleue en 1889. Le processus se poursuit au début du 20e siècle. Rose-Belle Sugar Estate achète successivement les propriétés d'Union-Park en 1905 et Le Val en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale.
Mais les affaires vont mal. Face aux pertes financières accumulées, les propriétaires n'ont d'autre choix que de fermer l'usine. Il y a alors plus de 2 400 emplois qui sont en jeu. Sans parler des activités économiques indirectes. En juillet 1973, le gouvernement travailliste de l'époque décide du rachat par l'État de Rose-Belle Sugar Estate.
La transaction avec Garthwaite & Ors est de Rs 18 millions. Une loi est votée pour encadrer la gestion du domaine sucrier, sous la tutelle du ministère de l'Agro-industrie. La roulaison de l'usine se poursuivra jusqu'à sa fermeture définitive le 31 décembre 2001.
De l'usine au centre commercial
Sept ans de réflexion ? En 2008, l'ancienne sucrerie est transformée en centre commercial, le complexe Le Vieux Moulin. «La structure de l'ancienne sucrerie a été préservée. C'est la première ancienne sucrerie du pays à être transformée en centre commercial», assure la direction de Rose-Belle Sugar Estate à l'époque. Construit sur un terrain d'environ quatre arpents, le complexe du Vieux Moulin est évalué à Rs 300 millions.
Le second centre commercial et la griffe apavou
Dix ans après le complexe du Vieux Moulin, un second centre commercial voit le jour. Il s'agit du Plaisance Shopping Village, à Rose-Belle. Il ouvre ses portes le 25 avril 2018. C'est un projet du groupe de l'homme d'affaires de La Réunion Armand Apavou.
Apavou Immobilier Ltée a investi Rs 700 millions dans Plaisance Shopping Village. En 2018, les difficultés financières du groupe Apavou sont déjà connues. Alors qu'il ouvre un centre commercial à Maurice, à La Réunion, neuf de ses 11 sociétés sont en liquidation pour des dettes de EUR 130 millions. Ce qui a provoqué le licenciement de 80 salariés. À Maurice, les déboires du groupe Apavou dans le secteur hôtelier sont aussi connus.
Il a déjà vendu quatre hôtels : La Plantation Resort & Spa, Indian Resorts & Spa, Le Mornea et le Moreva. Le groupe Apavou, c'est aussi le scandale autour du rachat d'actions dans la société de gestion de l'hôtel Ambre. Une enquête en cours menée par la Financial Crimes Commission a éclaboussé l'ex-ministre des Finances et l'exgouverneur de la Banque de Maurice.
Retour à la situation de Rose-Belle Sugar Estate, qui n'est pas rose non plus. Mardi au Parlement, le ministre Arvin Boolell a déclaré que les baux commerciaux avaient été sousévalués par «environ 80 %, comparé au prix du marché. Cela représente Rs 97 millions de manque à gagner. Il y a des preuves de collusion entre des officiers de Rose-Belle Sugar Estate et des locataires. Certains, tels que Vieux Moulin et Plaisance Mall, ont des impayés de plus de Rs 15 millions sans qu'aucune action de recouvrement n'ait été entamée.»
Affaire rose garden : encore un festival des terres
Mardi au Parlement, le ministre Arvin Boolell a longuement dénoncé les braderies successives des terres de Rose-Belle Sugar Estate. flash-back. Il y a 16 ans, en 2009, un autre scandale des terres de l'État défrayait la chronique. Il s'agit du scandale Rose Garden, une affaire référée à l'époque à l'Independent Commission Against Corruption.
L'enquête doit comprendre «comment Rose-Belle Sugar Estate a-t-elle pu vendre, en 2009, 2 801 arpents de terres de l'État à un prix inférieur au marché ? Pourquoi le projet pour lequel ces terres avaient été vendues n'a pas été respecté par les promoteurs ?
Car, au lieu d'un complexe commercial et hôtelier, avec un investissement direct étranger de Rs 300 millions, ces terres ont été morcelées en lots résidentiels et vendues près de dix fois plus cher que le prix d'achat». Des questions ont aussi été posées sur la société qui a acheté ces terres: l'Indian Consortium Ltd, dont le directeur au moment des faits est Ramdass Ellayah.
Suite au non-respect du contrat, Rose-Belle Sugar Estate envisage une injonction en cour pour stopper le projet de morcellement. Mais il semble que l'affaire est classée en septembre 2009. Des questions sont posées sur la position du ministre de l'Agriculture de l'époque, Satish Faugoo, qui indique qu'il n'intervient pas dans les affaires courantes de Rose-Belle et qu'il n'était pas au courant de ce dossier.
Il a dit
«Au cours des 10 dernières années, Rose-Belle Sugar Estate est passé d'environ 6100 arpents sous culture à environ 1200 arpents sous culture en 2024. L'établissement génère actuellement plus de Rs 70 millions de pertes annuelles avec des pertes accumulées estimées à Rs 1.2 milliards». Arvin Boolell, lors de sa déclaration au Parlement le mardi 13 mai.