Burkina Faso: Mausolée Thomas-Sankara - Enfin une demeure à la hauteur de ce qu'a été le défunt capitaine

Un mausolée, c'est, selon le dictionnaire, un monument funéraire de grandes dimensions. Son origine remonte au 4e siècle avant Jésus-Christ, quand fut construit un tombeau monumental à la mémoire du despote de Carie, en Asie mineure. Le mausolée d'Halicarnasse passera donc dans l'éternité comme l'une des 7 merveilles du monde antique. Depuis, les mausolées ont essaimé en tout temps à travers le monde. Ainsi du Taj-Mahal, des mausolées de Lénine, Mao, Kim Il-sung, d'Auguste, de ceux de Tombouctou (détruits par les djihadistes en 2012) ou encore du Sôma d'Alexandre le Grand en Egypte.

Depuis le samedi 17 mai 2025, Thomas Sankara et ses 12 compagnons d'infortune ont aussi le leur au Conseil de l'Entente, le lieu même où ils furent assassinés le jeudi 15 octobre 1987. Le 17 mai n'a pas été choisi par hasard. C'est en effet ce jour de 1983 que le capitaine Thomas Sankara, alors Premier ministre du commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, a été arrêté pour tuer dans l'oeuf la révolution qui couvait déjà. Peine perdue, puisque trois mois plus tard, le capitaine Blaise Compaoré, depuis son antre de Pô, descendra à Ouaga avec ses commandos pour évincer JBO et installer son ami et frère d'armes Sankara. La suite, on la connaît.

Le monument architectural inauguré officiellement est bâti en blocs de terre comprimée, un matériau traditionnel particulièrement adapté au climat sahélien, renforcé par des blocs de latérite à l'extérieur. Ce choix écologique s'inscrit en droite ligne de la vision de Sankara, qui prônait l'autonomie, la sobriété et la valorisation des ressources locales pour un développement durable du Burkina Faso.

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C'est l'aboutissement d'un long processus enclenché il y a une bonne dizaine d'années, suite à la chute de Blaise Compaoré, balayé par une insurrection populaire en octobre 2014. Depuis, un vent de néo-sankarisme souffle sur le Burkina Faso, porté d'abord par le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, président éphémère puis Premier ministre de la transition, qui se voyait en ersatz de Sankara. Il n'est pas jusqu'au président de cette transition, Michel Kafando, qui s'était pourtant exilé sous le CNR, qui ne se soit découvert une vocation sankariste sur le tard, à moins que ce ne soit par pur opportunisme politique.

En effet, c'est lui qui a décidé, « par le fait du prince », de la réouverture des dossiers Norbert Zongo et Thomas Sankara. C'est justement dans le cadre de la réouverture de ces dossiers que les restes des corps de 13 suppliciés, qui avaient été sommairement inhumés au cimetière de Dagnoën, seront exhumés pour être soumis à des tests ADN avant d'être finalement réinhumés en février 2023 sur le site de ce qui est désormais devenu un site touristique et de pèlerinage.

Sankara repose donc désormais en paix dans son nouveau palais, à un moment où le sankarisme a rarement été aussi en vogue que depuis l'arrivée du capitaine Ibrahim Traoré, volontiers présenté comme légataire universel venu parachever l'oeuvre du défunt leader de la révolution d'août 83. Ce mausolée, ne l'oublions pas, est censé être un lieu de mémoire pour le héraut de la révolution, donc un lieu de diffusion de ses idéaux et des vertus qui étaient les siens.

Autant dire que cet endroit doit être, avant toute chose, un lieu d'inspiration pour tous les visiteurs et tous ceux qui se réclament de l'idéal sankariste, qui se doivent de cultiver l'exemple d'intégrité qu'on reconnaît à celui qui était affectueusement appelé Thom Sank. Or, à ce propos, force est de reconnaître que de tout temps, il a été plus facile pour les Burkinabè d'avoir le nom Sankara dans la bouche que de suivre rigoureusement la voie qu'il a tracée.

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