Inhumation au cimetière de Dagnoën, profanation des tombes, exhumation des restes... Les cadavres du père de la révolution et de ses douze compagnons n'ont pas connu de repos tranquille depuis les événements du 15 octobre 1987. L'inauguration du mausolée Thomas-Sankara sur le site de l'ex-conseil de l'Entente le 17 mai 2025 a mis fin à cette pérégrination.
Ceux qui ont l'habitude d'emprunter la voie menant au mémorial Thomas-Sankara n'avaient pas besoin de suivre un spot télé, à 72 heures de l'inauguration du mausolée portant le nom du père de la révolution, pour savoir qu'un événement de grande envergure y était en préparation. La route, jadis ouverte à la circulation, était barrée afin d'en mettre plein les yeux à tous ceux qui allaient effectuer le déplacement le 17 mai à l'ex-conseil de l'Entente, le lieu où Thomas Sankara et 12 autres personnes ont trouvé la mort le 15 octobre 1987.
Avec tout ce réglage, comment ne pas effectuer le déplacement ce jour-là pour être témoin oculaire de l'événement ? Dans le souci d'avoir une place, certains étaient déjà sur les lieux à 13 heures alors que la cérémonie proprement dite ne débutera qu'à 15 heures, bien sûr avec une heure limite d'arrivée fixée à 14h30.
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Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, était représenté par le Premier ministre, Jean Emmanuel Ouédraogo. Ce dernier avait à ses côtés les Premiers ministres du Sénégal, Ousmane Sonko, et du Tchad, Allah-Maye Halina. Des personnalités politiques étaient également présentes. Il s'agit notamment de l'ancien ministre de la Sécurité et ex-maire de la ville de Ouagadougou, Simon Compaoré, de l'avocat de la famille Sankara, Me Bénéwendé Sankara, et de l'ancien Premier ministre Me Apollinaire Kyélem de Tambèla.
L'arrivée de la militante politique panafricaine et influenceuse Nathalie Yamb ainsi que de son équipe suscite la curiosité. Avant cette cérémonie, elle a été élevée au rang de chevalier de l'Ordre de l'Etalon.
À 15h51, les drapeaux des pays de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) et des pays partenaires flottent sur les lieux. C'est le moment idéal (Sankara aurait été touché par les balles assassines à cette heure précise) pour saluer la mémoire de Thomas Sankara par 21 coups de canon.
Place maintenant à la découverte de ce qui se cache derrière le grand bâtiment bâti en blocs de terre comprimée.
Ce mausolée, selon ses concepteurs, met un terme à un long parcours marqué par de nombreuses péripéties : inhumation au cimetière de Dagnoën, profanation des tombes, exhumation des restes...
Réalisé par le Burkinabè Francis Kéré et financé par l'Etat burkinabè, ce mausolée, conçu en forme d'œil, est composé de grands segments de cercle de plus de 7 mètres de hauteur, d'une rampe monumentale et de marches descendantes, représentant les 13 martyrs couchés. L'enveloppe extérieure est faite de blocs de latérite taillée.
L'architecture allie tradition et modernité, avec une nette inclination vers la tradition. Elle raconte et matérialise l'histoire brutalement interrompue du président Sankara et de ses compagnons. Selon une symbolique solaire, la vie humaine commence à l'est (lever du soleil) et s'achève à l'ouest (coucher du soleil). Arrachés prématurément à la vie, Sankara et ses compagnons n'ont pas atteint le couchant. Ainsi, le mausolée est orienté vers le sud, et les corps sont disposés du nord au sud.
La tombe de Thomas Sankara se trouve au centre, entourée par les tombes de ses douze compagnons, réparties par tirage au sort : six à gauche et six à droite. Au plafond du mausolée, treize persiennes laissent filtrer la lumière du soleil, créant un effet lumineux particulier à l'intérieur. Ces ouvertures symbolisent le vide laissé par les disparus. « Ce mausolée n'est pas seulement une bâtisse, c'est un lieu de mémoire qui rappelle le sacrifice du capitaine Thomas Sankara et de ses compagnons », a souligné le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo, celui-là qui a prononcé le discours du chef de l'État avant d'annoncer que des rues seraient baptisées du nom de chacun des douze compagnons de lutte du président Sankara.
Le site inauguré est appelé à s'étendre sur plus de 14 hectares et comprend un musée, une place des Martyrs, une école politique et des infrastructures culturelles.