Gabon: L'art du compromis ou le courage de tourner la page

opinion

On peut avoir rêvé d'un grand procès. D'un tribunal populaire ou d'une commission vérité qui aurait exposé tous les abus, révélé tous les comptes, mis chaque acteur face à ses responsabilités. Mais parfois, la vérité politique impose une voie plus silencieuse, plus stratégique, mais non moins efficace.

Ce que les réseaux sociaux nous rapportent ces derniers jours - à propos des biens de la famille Bongo, des comptes bancaires, des parts dans BGFI, et même des hôtels emblématiques - semble indiquer qu'un accord a bel et bien eu lieu entre l'ancien pouvoir et le président élu Brice Clotaire Oligui Nguema. Un accord certes discret, mais qui pourrait s'avérer profondément salutaire.

Car si l'on sort de l'émotion pour entrer dans la lucidité, il faut bien reconnaître que le Gabon a besoin d'avancer. Avancer vite, avec des ressources récupérées, des symboles du passé réaffectés, des avoirs désormais au service du développement national.

Que certains biens soient cédés à de nouveaux opérateurs comme EBOMAF, que des concessions soient renégociées, que des comptes bancaires soient restitués à l'État... cela n'a rien d'un blanchiment d'image. C'est une reprise de contrôle.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Le président Oligui Nguema, en homme d'État désormais pleinement élu par les Gabonais, a pris une décision difficile, certes impopulaire pour certains, mais peut-être la seule qui permette une sortie de crise sans chaos. Gouverner, c'est choisir. Et parfois choisir la stabilité plutôt que la vengeance, la construction plutôt que l'affrontement sans fin.

Le cas d'Henri-Claude Oyima, par exemple, illustre cette volonté de transfuser l'exigence du secteur privé dans une administration souvent léthargique. Là aussi, il y aura des grincements de dents, des résistances. Mais c'est le prix d'un Gabon nouveau, plus rigoureux, plus efficace.

Il ne faut pas être naïf : l'ancien système n'est pas mort, il est encore là, tapi dans l'ombre, dans les réseaux intérieurs et extérieurs. Ali Bongo n'a pas dit son dernier mot. Il peut activer des leviers diplomatiques, médiatiques ou juridiques. Mais en anticipant tout cela par un compromis bien ficelé, le président Oligui Nguema démontre une maîtrise politique rare. Il a désamorcé la bombe, sans grand fracas.

Ceux qui attendaient une rupture spectaculaire devront comprendre que la vraie rupture est dans le rétablissement de l'autorité de l'État , dans la réaffectation des ressources nationales au bénéfice du peuple, dans la mise en place d'une nouvelle gouvernance.

Alors oui, ce "deal" dérange, interroge, secoue nos convictions. Mais il témoigne d'un sens élevé de l'État. L'Histoire jugera. Mais pour l'heure, le pays respire, l'espoir revient, l'économie frémit. Et ça, aucun procès, aussi médiatique soit-il, n'aurait pu l'offrir dans l'immédiat.

Rester vigilant, mais avancer. Exiger la transparence, mais soutenir l'effort de redressement. Tel est notre devoir désormais.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.