Boisson traditionnelle malgache omniprésente dans les rites sociaux, le « toaka gasy » pourrait enfin sortir de l'illégalité. L'Assemblée nationale a adopté mercredi 21 mai une proposition de loi visant à encadrer sa production et sa commercialisation. Le texte attend désormais l'aval du Sénat.
À Madagascar, un premier pas vers la légalisation du « toaka gasy », ce rhum artisanal très répandu sur l'île, a été franchi. Mercredi 22 mai, les députés ont adopté une proposition de loi visant à encadrer sa production et sa commercialisation.
Bien que toujours illégal - au même titre que le cannabis -, le « toaka gasy » est profondément ancré dans la culture malgache. Il accompagne les rites et temps forts de la vie : cérémonies de mariages, circoncisions, funérailles, ou même la construction d'une maison.
Si le texte est validé par le Sénat, les panneaux interdisant le transport de « toaka gasy » disparaîtront des taxis-brousses et bus urbains. La boisson pourra circuler librement sur toutes les routes de l'île, à condition de respecter certaines normes, notamment une teneur maximale en alcool fixée à 44°. Actuellement, la fabrication artisanale donne lieu à des concentrations très variables, jugées dangereuses pour les consommateurs par les autorités.
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Un enjeu autant économique que culturel
Les députés plaident donc pour une logique de standardisation et d'encadrement. D'après le texte voté par la chambre basse, les producteurs de « toaka gasy » devront déclarer leur activité auprès des autorités locales et indiquer la composition de leur produit, au risque d'être puni d'une amende ou d'une « peine d'emprisonnement de trois mois à deux ans ».
Le gouvernement sera, quant à lui, chargé d'autoriser la mise sur le marché et garantir la qualité de la boisson. Dans les régions où se produit clandestinement le « toaka gasy », l'initiative était attendue. Au-delà du potentiel économique de la filière, reconnu par le texte, pour Augustin Andriamananoro, vice-président de l'Assemblée nationale, le vote du texte est aussi une manière de reconnaître l'importance culturelle de la boisson :
« À chaque rituel, le toaka gasy accompagne les Malgaches, lorsqu'on demande une bénédiction aux ancêtres ou qu'on fait un sacrifice de zébu par exemple. Il arrive même d'en verser quelques gouttes lors de la construction d'une maison. Jusqu'à aujourd'hui, les gens produisent de façon clandestine. Il est temps d'arrêter une certaine forme d'hypocrisie sociale autour de cette boisson. »
Mais le processus législatif reste incertain : l'Assemblée nationale est suspendue à l'approbation du Sénat en faveur de la légalisation du « toaka gasy ». Les deux premières tentatives avaient déjà été bloquées par la chambre haute.