Trois jours après son arrestation en Tanzanie, le cabinet du Premier ministre et ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, a confirmé la libération de Boniface Mwangi, jeudi 22 mai.
Interpellé lundi 19 mai à Dar es Salam où il était venu assister au procès de l'opposant tanzanien Tundu Lissu, Boniface Mwangi a été retrouvé dans la localité d'Ukunda, sur la côte kényane. Selon sa femme, le défenseur des droits de l'homme a été expulsé de Tanzanie par la route et abandonné par la police tanzanienne à la frontière kényane, à proximité du poste frontière de Korokoro, d'où il a trouvé seul le moyen de rejoindre le comté de Lunga Lunga. « J'ai passé quatre jours très sombres pendant lesquels j'ai été torturé de façon très cruelle. Je peux à peine marcher », a confié celui-ci à la presse à son arrivée à Mombasa.
Si, de son côté, Korir Sing'oei, le secrétaire d'État kényan aux Affaires étrangères, salue « les efforts diplomatiques » de son pays qui se sont révélés « efficaces » pour obtenir sa libération, les défenseurs des droits de l'homme accusent, au contraire, le gouvernement kényan d'avoir été complice des autorités tanzaniennes lors de son arrestation. S'il a fallu trois jours de pressions pour que Nairobi se mobilise et adresse enfin un courrier à la Tanzanie, ces soupçons sont aussi alimentés par les récentes déclarations du Premier ministre kényan, Musalia Mudavadi, qui a reconnu dans une interview diffusée mardi 20 mai la collaboration du Kenya dans l'enlèvement, en territoire kényan, de l'opposant ougandais Kizza Besigye aujourd'hui emprisonné dans son pays.
« Dis merci à maman Samia ! »
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Président de l'organisation Vocal Africa, Hussein Khalid va lui encore plus loin, estimant que c'est toute la région qui est complice. « Il est très clair qu'en Afrique de l'Est, on assiste à l'essor de régimes autoritaires. C'est très sérieux », affirme ainsi celui-ci avant de reprendre : « Boniface Mwangi a été sévèrement torturé et à chaque fois que ses tortionnaires le battaient, ils faisaient référence à la présidente tanzanienne en lui disant : "Dis merci à maman Samia !". Nous allons nous mobiliser. Et si le gouvernement kényan que nous soupçonnons d'être complice ne fait rien, nous en appellerons à la communauté internationale ».
Si Boniface Mwangi a été relâché, on reste en revanche toujours sans nouvelle de la militante ougandaise Agather Atuhaire, elle aussi arrêtée à Dar es Salam en même temps que Boniface Mwangi qui a d'ailleurs eu une pensée pour elle dans ses premières déclarations : « Je suis aussi très inquiet pour Agather. Nous avons été torturés ensemble et ils nous ont fait subir des atrocités. Nous prions pour elle et pour sa sécurité », a-t-il notamment déclaré. Les autorités ougandaises, elles, demeurent silencieuses. Jeudi 22 mai, une cinquantaine d'organisations de la société civile ont écrit à l'Union africaine et aux organisations régionales d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe pour que des actions soient prises afin de faciliter sa libération et mettre la Tanzanie face à ses responsabilités.
