Arrêté le 16 mai dernier, l'ancien Premier ministre tchadien, Succès Masra, a été inculpé et placé en détention provisoire hier jeudi à Ndjamena. Il est accusé par le procureur général de la république tchadienne "d'incitation à la révolte …à la haine" qui aurait conduit à un massacre de populations civiles le 14 courant.
Pour une énième fois, le président du parti Les Transformateurs se retrouve dans les geôles du système Deby. Celui dont on ne sait plus s'il faut le qualifier de farouche ou fantoche opposant au régime Deby, parce qu'il alterne, au risque de sa crédibilité, critiques acerbes et compromis compromettants, est de nouveau dans le creux de la vague.
Comment va se terminer cette nouvelle arrestation? En tout cas, ses avocats et la direction de son parti parlent d'une autre cabale politico-judiciaire contre l'ancien Premier ministre qui fait craindre le pire pour son intégrité physique : « Il y a des manipulations et peut-être des tortures qui attendent le président (du parti). Nous voulons ici mettre en garde tous ceux qui auront la responsabilité de la prise en charge de notre président, de ne pas toucher à sa personne », s'est publiquement inquiété le secrétaire général des Transformateurs.
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Dans la même dynamique, les avocats de l'opposant soutiennent qu'on l'accuse sur la base de déclarations faites en mai 2023 alors que la tuerie des populations civiles dans le sud du pays a eu lieu à la mi-mai 2025. « Le fait avait fait l'objet d'une transaction à travers l'accord du Toumaï pour la stabilité et le développement en date du 21 octobre 2023. Et la suite est que le procureur a levé la poursuite à travers le mandat d'arrêt international contre notre client. Donc, on ne peut pas revenir sur des faits qui ont fait l'objet d'une transaction pour pouvoir justifier une poursuite », souligne maître Mianlengar Pierre.
Pas de quoi convaincre le procureur général qui a justifié l'inculpation et la mise en détention provisoire de Succès Masra par sa responsabilité dans la tuerie de Mandakao du 14 mai dernier. Plus d'une quarantaine de personnes ont perdu la vie dans cette localité australe du Tchad après des affrontements intercommunautaires entre éleveurs et agriculteurs. Outre les déclarations de Succès Masra de mai 2023, le procureur et les autorités tchadiennes mettent à l'indexe certaines de ses publications sur les réseaux sociaux qui seraient des ''incitations à la haines"
De fait, si les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents dans le sud du Tchad, ces violences intercommunautaires se sont aggravées ces deux dernières années et les publications sur les réseaux sociaux, conjuguées aux rivalités politiques pourraient en être la cause.
En attendant les conclusions des enquêtes du procureur général, il faut souligner que Succès Masra et ses partisans faisaient déjà l'objet de menaces avant les élections de mai 2024, au cours desquelles il a été le candidat de l'opposition le plus en vue contre Mahamat Deby. La victoire de ce dernier a réouvert les plaies de la défiance de Succès Masra à l'égard du régime en place.
L'idylle du compromis politique trouvé après l'exil de 2021 et le poste de Premier ministre aura donc fait long feu. On s'interroge alors si Succès Masra est-il si naïf pour croire à un dialogue républicain constructif avec le clan Deby au risque de passer d'opposant farouche à fantoche punchingball d'un système rusé et bien huilé.