Climat, alimentation - L'Afrique à la croisée des chemins

22 Mai 2025
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African Development Bank (Abidjan)
analyse

À l'approche des Assemblées annuelles 2025 de la Banque africaine de développement à Abidjan, l'Afrique est en état d'urgence. Entre catastrophes climatiques à répétition et insécurité alimentaire grandissante, le continent fait face à des défis pluriels mais renforce sa résilience. Car, il possède un trésor largement sous-exploité : ses ressources naturelles et humaines.

Terre de paradoxes, l'Afrique détient 65 % des terres arables non cultivées de la planète, mais importe chaque année 75 milliards de dollars de denrées alimentaires. Un non-sens dans un monde en crise où les pénuries alimentaires menacent des millions de vies. Sécheresses, inondations, conflits, flambée des prix des matières premières : la souveraineté alimentaire est aujourd'hui le principal défi. Pourtant, le continent a les moyens d'inverser la tendance et de devenir une véritable puissance alimentaire mondiale.

Continent en surchauffe

Le sol qui se fissure dans la Corne de l'Afrique, une mousson qui noie le Pakistan, la neige qui blanchit Los Angeles... Le dérèglement climatique n'est plus une lointaine menace, il est là, violent, imprévisible, implacable. La planète s'est réchauffée de plus d'un degré Celsius depuis l'ère préindustrielle, et les records de chaleur s'enchaînent. L'Afrique, en première ligne, subit de plein fouet des températures qui rendent l'exploitation agricole difficile et condamnent des millions de personnes à l'insécurité.

Face à ce chaos climatique, Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement, fait montre de détermination : « L'Afrique n'a d'autre choix que de s'adapter aux effets du changement climatique. »

Le nécessaire sursaut

En réponse, le Groupe de la Banque africaine de développement mobilise des milliards pour contribuer à changer de paradigme. En 2022, à Tanger, au Maroc, 8,9 milliards de dollars ont été engagés pour le Fonds africain de développement, destiné aux pays les plus vulnérables. Deux ans auparavant, lors du Sommet de Dakar « Nourrir l'Afrique » en janvier 2023, 30 milliards supplémentaires ont été fléchés pour renforcer la souveraineté alimentaire du continent. Dix milliards proviendront de la Banque pour aider l'Afrique à produire ses propres denrées alimentaires et briser la dépendance aux importations.

Ces financements seront destinés à aider les pays africains les plus exposés au changement climatique à relever leurs rendements agricoles qui, actuellement, sont affectés.

Un potentiel immense, un continent sous pression

C'est tout le paradoxe du continent africain : terres arables à foison, mais dépendance chronique aux importations. L'Afrique achète chaque année 100 millions de tonnes de nourriture, alors qu'elle pourrait, en théorie, nourrir la planète. Mais sans infrastructures adaptées, sans investissements massifs dans l'agriculture, le continent continuera à subir les fluctuations du marché mondial.

Comme si le climat ne suffisait pas, les crises géopolitiques viennent fragiliser toujours plus la sécurité alimentaire. Le conflit russo-ukrainien a bouleversé les chaînes d'approvisionnement, faisant monter à des niveaux sans précédent le prix du blé, laissant plus de 280 millions d'Africains dans l'insécurité alimentaire.

Face à l'urgence, la Banque africaine de développement a déployé la Facilité africaine de production alimentaire d'urgence dotée de 1,5 milliard de dollars pour soutenir 34 pays et 20 millions d'agriculteurs, avec l'objectif de produire 38 millions de tonnes de nourriture.

Un dernier virage avant le point de non-retour

L'Afrique peut encore relever ces défis si elle exploite enfin son potentiel agricole et investit massivement dans la transition climatique.

Les Assemblées 2025 de la Banque africaine de développement seront une occasion d'accélérer les actions concrètes à entreprendre en Afrique pour contrer la menace existentielle du climat et de la faim, afin de devenir le nouvel acteur majeur de la sécurité alimentaire.

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