Si on en doutait encore, la guerre est maintenant déclarée entre Kabila et son successeur. Ironie du sort s'il en est, puisqu'en 2019, certains observateurs de la scène politique congolaise avaient suspecté le fil du Mzé d'être à l'origine de petits arrangements à l'africaine qui ont porté au pouvoir l'héritier du Sphinx de l'Imete (Etienne Tshisékédi, figure emblématique de l'opposition congolaise, décédé en 2017).
Si au début, les relations, à défaut d'être franchement chaleureuses, ont été cordiales, plus rien ne va entre les deux depuis un certain temps, surtout depuis le déclenchement de ce qui est convenu d'appeler la 3e guerre du Congo déclenchée par l'AFC/M23. Fatshi avait d'ailleurs fini de suspecter son prédécesseur, sinon d'être l'ombre tutélaire du Mouvement du 23-mars, du moins l'un de ses soutiens à côté du Rwanda.
Les relations entre les deux hommes se sont vraiment dégradées après la sortie médiatique, à travers une tribune publiée dans un journal sud-africain où il fustigeait la politique sécuritaire du locataire du palais de la Nation, sans pour autant condamner de façon explicite l'aventure politico-militaire du M23 et de son parrain, le Rwanda.
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Depuis, plus rien ne va. Y a eu d'abord une perquisition dans ses propriétés où on aurait trouvé des armes, la suspension du PPRD, l'ancien parti présidentiel que Kabila restructurait pourtant depuis son exil sud-africain, comme pour annoncer son prochain retour dans l'arène politique, l'exil de nombreux membres de son clan et, pour ne rien arranger, la levée de l'immunité parlementaire du sénateur honoraire à vie qu'il était, pour trahison et crimes de guerre.
Ce, nonobstant un viol de procédure selon ses partisans. « C'est en réalité une chasse à l'homme, une chasse à la sorcière », s'est enflammé Ferdinand Kambere, le secrétaire général permanent adjoint du parti, avant de poursuivre que par cette « mascarade » au Sénat, le président Tshisékédi s'engage sur une voie qui vise à « anéantir la démocratie dans notre pays et fermer la bouche à tout Congolais qui dénonce la guerre dans l'Est ».
Au lendemain de cette nouvelle donne politico-judiciaire, la réaction de Kabila ne s'est pas faite attendre. A travers une vidéo d'une quarantaine de minutes, précédée de l'hymne national s'il-vous-plait, il a fustigé le pouvoir en place, avant de promettre qu'il rentrerait les prochains jours par Goma sous le contrôle, rappelons-le, de la rébellion. Il y a quelques semaines, la rumeur de son débarquement avait déjà circulé sans être suivie d'effets, comme s'il s'agissait d'une sonde envoyée pour tester la réaction des autorités congolaises.
On ne sait pas si cette fois-ci elle aura bien lieu, mais si l'avion de Kabila devait atterrir dans Goma occupée, cela vaudrait aveu. Ce serait la preuve définitive qu'il pactise à tout le moins avec le diable rwandais et ses diablotins du M23. Et ce serait plutôt normal qu'il soit traité comme un ennemi de la Nation, surtout qu'il profère des menaces à peine voilées quand il se dit prêt au sacrifice suprême pour défendre la patrie.
Il faut craindre que celui qui est né dans le maquis et qui a accompagné son père en 1997 quand l'AFDL marchait sur Kinshasa pour chasser Mobutu, avec déjà le soutien du Rwanda et de l'Ouganda, n'ait jamais pu véritablement se défaire de la rébellion qui lui colle à la peau, comme si d'avoir été bercé au son de la canonnière est un péché originel dont il ne peut se soustraire.
A moins que par ses multiples sorties, il ne veuille se passer pour un véritable interlocuteur incontournable dans les pourparlers qui se mènent entre les autorités congolaises et le M23, sous l'égide du Qatar et des Etats-Unis. Une chose est sûre, cette affaire vient compliquer une situation qui est déjà suffisamment complexe et Dieu seul sait où tout cela mènera.